CHAPITRE 51
CHAPITRE 51.
2 Fin juin.
Chez mon frère, deuxième...Suite et FIN. ( x + 3x – 2 ) + ( 4x – 3 )
Ce matin j'ai décidé de me rendre chez mon docteur généraliste. En fait, je n'ai pas trop le choix, je n'ai plus de traitement.
La veille je suis allé voir le papier qu'il a mis sur sa plaque. Désormais il reçoit, sans rendez-vous, quatre jours sur cinq de sept heures trente à neuf heures trente sauf pendant les petites vacances.
Il est sept heures quand je ferme la porte de mon appartement. Ça ne prend pas plus de dix minutes à pied, et je suis large. Sur le chemin je prends mon temps. Un îlot de petites maisons a émergé sur les lieux d'un ancien collège, tiens justement le mien. Un peu plus loin d'autres travaux ont également lieu sur une vieille maison, des palettes de mortier en témoignent, des outils aussi. A ce train-là j'arrive il est sept heures vingt. J'observe ce petit matin, les gens peu nombreux, les voitures, le soleil qui dresse ses rayons et joue à découper les ombres.
Sept heures vingt-huit. Il va bientôt être en retard. Par chance je suis le seul à attendre.
Sept heures trente-cinq. Ce n'est pas normal, non ? Je vais consulter à nouveau le papier sur sa plaque. Oui, c'est bien ça. Nous sommes à une semaine des grandes vacances donc rien à voir avec les petites vacances. Je relis.
Merde, c'est le seul jour où il ne travaille pas. Je n'ai pas été assez vigilant. La journée débute bien.
Avec mon sac rempli de livres je rejoins le bus qui m'emmène dans le centre-ville. Des mini-bibliothèques ont fleuri sur certains trottoirs, j'y dépose mes anciens amis. J'ai envie de dire « Longue vie à vous » Je vois offert à tous Platon, Houellebecq, des essais, un ouvrage sur l'univers... Au retour je passe par Pôle Emploi pour l'actualisation et le renouvellement de ma carte de transport. Voilà, c'est fait. Il fallait le faire. Maintenant je dois être fin prêt pour mon rendez-vous avec Bernadette et Alain. J'ai prévu d'être sur place entre dix-sept et dix-huit heures.
C'est comme si j'allais passer un examen. Le trouillomètre à zéro. Ou pour retrouver un côté un peu plus sportif, un match d'un intérêt capital où la défaite serait impossible, le match à ne surtout pas perdre. Quelqu'un a parlé de « remontada », non ? Je pense et repense à Bernadette et Alain...Quelles réactions auront-ils ? Vont-ils me croire, ou pas ? « Le principal fléau de l'humanité n'est pas l'ignorance, précisait Simone de Beauvoir, mais le refus de savoir ».
« Souvent il suffit d'être un peu heureux pour ne plus s'apercevoir du malheur des autres. »
David Folnkinos.
Souvent, avant de passer une épreuve, on préconise une sieste. J'ai essayé...Pour preuve. J'ai essayé...Dix minutes, peut-être vingt. J'ai entendu dire que même si vous ne dormiez pas, le fait d'être dans le noir, les yeux fermés, au repos total était aussi réparateur. Je me dis que certainement. C'est possible. Et puis là ça m'arrange ! J'ai plus de deux heures à tuer.
J'avais prévu un chiffrage de l'appartement. J'ai commencé, presque fini (D’après « le bon coin » prix du lit électrique avec potence entre 500 et 800 euros, prix du fauteuil électrique multi positions entre 300 et 500 euros, prix du fauteuil roulant entre 200 et 300 euros...) et puis j'ai laissé tomber...
J'avais prévu un courrier pour ma sœur et puis... Je voulais aussi retrouver dans tout mon bordel la pochette sur l'EHPAD, dessus était notée sa situation bancaire. De mémoire il était question, je crois sur son livret A, ou B d'une somme d'environ sept mille euros. Le problème c'est que j'ai survolé ce document en me disant que je verrai ceci plus tard. Impossible de savoir si cette somme correspond à son arrivée dans cette maison ou lors de son décès. Pour cela je dois remettre la main dessus mais, là, pour l'instant je n'en ai aucune envie. Pas envie de remuer tout ça, tous ces papiers, ces souvenirs... Avant de partir je prends un Xanax, on ne sait jamais.
Je prends les devants, surtout ne pas s'énerver. Je dois être calme, zen. Allez, je m'habille !
Les devis et autres factures dans la poche arrière de mon pantalon, le tout plié, de force, en quatre.
Il fait une chaleur écrasante, environ une trentaine de degrés.
Il est dix-sept heures tout juste passées. C'est l'heure.
Je navigue entre deux eaux. Parfois je suis sûr de mon frère et de sa femme, c'est sûr ils comprendront. Aussi bien le vidage de l'appartement, la surfacturation et le notaire. Et puis...
Tous mes doutes je les emporte avec moi. Sur la route, c'est sûr, je ne suis pas seul !
« Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus, il leur en fallut le spectacle »
Amélie Nothomb.
La voiture est là. Bien sûr ceci ne veut rien dire. La voiture c'est seulement pour se rendre dans leur maison de campagne et pour les courses sinon ils ont un abonnement annuel pour le réseau des bus.
La dernière fois où j'étais en voiture avec eux, pour l'enterrement, mon frère était tout fière de me dire « Nous on a trouvé une solution pour avoir toujours une belle voiture – J'ai dû répondre : Ah bon ? - Oui, on a choisi le système de la location. On change de voiture tous les trois ans et cela ne nous coûte que 250 euros par mois – J'ai seulement demandé combien de kilomètres ils faisaient en moyenne – On fait 6000 kilomètres par an ! » J'ai trouvé ce système très, très cher mais bon, je n'ai rien dit. 3000 euros pour 6000 km, c'est l'agence qui devait être ravie de la bonne affaire. Trois ans plus tard, la voiture était comme neuve.
Je sonne. Personne. Dans sa boîte aux lettres on voit une lettre en attente. Mon frère n'a pas dû rentrer. De toute manière je ne connais que peu de choses d'eux. Dire rien serait plus logique. En plus de quinze ans, date de son mariage, on a dû se croiser moins que les doigts d'une seule main. C'est fou, non ? On n'y fait pas attention. On regrette aussi. Il y a tellement de chose qu'on aurait pu partager, je n'ai pas su. Misère, va !
« Rien n'est immortel, ni la nature, ni l'homme, le seul événement permanent, c'est le changement »
affirmait Arthur Schopenhauer. Bon, ce n'est pas l’heure, ni des regrets ni des remords. C'est la vie, banale. C'est l'heure, c'est tout. Malgré tout je ne sais que faire. Là, près de l'immeuble, avec ce parc ombragé, c'est agréable. On dirait que le soleil voudrait tout écraser. Pas un nuage à l'horizon, pas de vent non plus. Pas un pic de vent. C'est chaud bouillant ! Pourtant je ne m'imagine pas attendre là. Je vais rejoindre l'arrêt de bus. En plus, de mémoire, l'abribus est à l'ombre. Allez, c'est parti.
Je rejoins la rue et fais quelques pas. Quel trajet pour rejoindre l'arrêt ? Je décide de faire le même que la veille. En réalité je ne fais que quelques pas. C'est comme si j'avais l'alarme à l’œil.
Au loin...Au loin, peut-être cent mètres, mon frère et sa promise. J'ai l'avantage de les voir en premier. Ils ont pris l'autre chemin. Ils marchent côte à côte, là, sous ce soleil. Ils traversent la rue et arrivent sur le même trottoir que ma pomme. Sont-ils heureux ? Impact prévu dans dix secondes. La chaleur est écrasante. Mon regard croise celui de Bernadette de façon furtive.
Elle avertit aussitôt mon frère d'une manière qu'elle croit discrète. y' – ay = 0
Arrêt du couple, on dirait que quelqu'un a tapé sur « pause ».
Impact maintenu et prévu dans six secondes. Quand je les vois ainsi je ne peux m'empêcher de penser à ce véhicule qui recule Bip...Bip...Bip. Ils pourraient, ils le feraient, sûr ! Ils ont dû y penser un très court instant mais j'ai l'avantage de les avoir vu en premier.
Ils parlent entre eux. On dirait qu'ils font du surplace.
Impact prévu, retardé, mais maintenu à environ cinq secondes.
Je ne le sais pas encore mais à cet instant précis ils ont un plan. Ils remarchent normalement.
Bernadette a reculé de quelques mètres, peu, deux ou trois maximum. Alain assure la tête.
Impact prévu dans une seconde.
Alain se retourne vers Bernadette, il me tourne par la même occasion le dos. « Tout refus du
Impact ! langage est une mort »
Il fait celui qui ne me voit pas et parle avec Bernadette tout en marchant. Roland Barthès.
Je suis transparent, bienvenue à l'homme invisible.
Alain, le philosophe disait « Aimer c'est trouver sa richesse hors de soi » pour l'heure, je cherche, je creuse mais je ne trouve rien. Je fonce dans le mur et je n'ai aucune protection, diable !
Je dois faire quelque chose. Dans moins de deux secondes il sera trop tard. Alors, comme dans un film, j'ai l'impression de m'entendre crier. Je suis l'acteur de cette mauvaise série. J'espère que dans la réalité je n'ai pas crié mais je ne jurerais de rien. Je n'ai dit qu'un mot « Alain ». On aurait dit comme une plainte, presque un cri du loup, une longue plainte qui envahirait la nuit. Une nuit noire, en forêt, loin de tous repères. J'étais tellement tendu par la situation que je n'ai pu prononcer autre chose. Il m'a regardé, comme s'il était surpris, puis il s'est arrêté. Bernadette s'est arrêtée également.
Ils avaient gardé entre eux les deux mètres qui les séparaient. Pas vraiment des plus commodes pour discuter. Il faut choisir, on parle à l'un ou à l'autre. Hélas j'ai dû combiner d'où obligatoirement une perte d'efficacité. J'ai commencé par Alain, puis Bernadette, puis un coup l'un et un coup l'autre, puis à nouveau Alain. Ça ne s'est jamais arrêté durant tout notre échange, environ vingt minutes.
C'est fatiguant, c'est épuisant ! C'est super long, je me sentais hyper seul !
Un homme, sans doute de la résidence ou du quartier fait mine de s'arrêter. Comme s'il sentait le couple en danger. J'ai peut-être crié trop fort ? Puis il passe son chemin. Je crois qu'Alain lui a fait un signe comme quoi tout allait bien. Je reste ce vilain petit canard, c'est sûr. Avec du recul, je sais aujourd'hui qu'il s'agit du gardien de l'immeuble. Vous savez ce style de résidence cossue avec une petite maison indépendante pour le gardien. On ne s'embrasse pas. Ce n'est pas comme la dernière fois. Je me lance face à Alain. Je lui demande pour le notaire.
Il me répond « Que pour lui il n'y a rien d'inquiétant. C'est tout à fait normal. Peut-être même pas avant septembre, vacances obligent ». A ce moment j'aurais dû changer de sujet. Parler des devis mais comme on parle de notaire j'enchaîne par mes craintes au sujet de Joëlle, ai-je parlé de sa fille ? Bernadette m'arrête aussitôt. Elle me raconte qu'elle a déjà connu ce style de situation « Pour le partage tout le monde doit être présent, aucune autre possibilité ». Je sais qu'elle a raison.
J'en viens aux devis et je les commente. J'explique comment je les ai eus. Pourquoi je l'ai fait et ma surprise quant au prix, le double !
« Parler sans penser, c'est tirer sans viser. » Miguel de Cervantes.
Alain écoute. Bernadette semble déjà perdre patience « Mais on a dû faire ça dans l'urgence. On n'avait pas le choix, le corps changeait à vue d’œil ». J'entends comme un gros sous-entendu, style « c'est facile de juger et de ne rien faire ».
Je leur parle de cet enterrement misérable, de cette robe bleue que tout le monde cherchait alors qu'elle l'avait toujours sur elle. De la toilette inexistence et de l'urne aussi.
Alain semble vraiment chercher à comprendre. Bernadette s'irrite « On aurait dû ne rien faire ! ».
Heureusement que je suis d'un calme olympien. Je prends sur moi, je prends et même les restes.
Je parle du devis signé, sûrement ultérieurement, et de l'impossibilité de revenir dessus, de ma rencontre avec ce monsieur des pompes funèbres, situé au cinq rue du marché, et de sa réaction.
« Tout a été fait dans les formes. Vous avez trouvé moins cher, c'est votre problème... »
Bernadette se croit accusée et le formule. Je leur explique que je suis venu pour avoir leurs avis, leurs conseils. Alain a tout à fait compris et le lui dit. Elle ajoute quand même « C'est Joëlle et Alain qui ont signé le devis. On n'avait ni le choix ni le temps ». J'apprends ainsi cette signature inconnue, le nouveau nom de ma sœur. Désormais elle est devenue Madame Michel, comme la mère...Et son chat. Je l'avais oublié. C'est voleur un chat, non ?
En guise de conclusion elle précise « De toute façon il fallait bien le payer cet enterrement et puis ce n'était pas votre argent ». Tiens, prends ça dans les dents ! Je crois voir passer un vilain petit canard. J'en conclus pour ma part « Merci et au revoir ! ».
« Ce n'est pas tant ce qu'on dit
qui fait mal que la manière de le dire. » John Gray.
Je parle enfin du vidage de l'appartement. De cette lettre que je lui ai envoyée il y a environ un an au sujet de l'appartement alors qu'en réalité tout ceci avait eu lieu un an auparavant. Je vois qu'Alain essaye de comprendre le fil de cette histoire. Bernadette s'en fout, elle attend la fin.
J'explique quand même, je termine mes dernières cartouches, pourquoi ce courrier un an après et la peur de la présence de la mère au tribunal. Je soutiens qu'il s'agit d'une façon fort cavalière pour un partage. J'ai du mal à comprendre. J'interroge Alain sur la date de ce pillage d'appartement.
Il marque un temps puis me répond « non. » En réalité il a dit ça comme il aurait dit autre chose.
J'interroge Bernadette sur cette manière d'agir. Silence.
Je reviens sur certains sujets déjà traités. Alain écoute poliment, Bernadette perd patience.
Elle prend la parole « Alain t'a appelé. Pourquoi tu lui as raccroché au nez ?
-Pardon ! Je ne vois pas pourquoi je ferais ceci à mon frère alors que c'est moi qui le sollicite.
-Quand il a rappelé, c'était le répondeur ! »
Je tombe des nues. En plus Alain confirme les dires de sa femme. Il m'interroge à son tour. Pour la première fois, je vois, j’entends mon frère mentir. Comme seule défense je parle de cet appel reçu non pas mercredi mais jeudi. Je demande des explications. On a du mal à se comprendre, c'est la confusion.
« La blessure des coups disparaîtra mais la blessure des
paroles sera mémorisée. » Mohamed Cherif Naceur.
Je rappelle que je ne cherche qu'à comprendre et ce n'est pas Joëlle qui va m'aider vu qu'elle se fout royalement de ma gueule. « Elle ne sait pas, elle ne voit pas, elle ne comprend pas pourquoi. »
Là, je ne suis sûr de rien mais je crois bien que mon frère a souri.
Ça m'a fait mal. J'étais si triste que je n'ai pu m'empêcher de penser à Françoise « Ce n'est pas parce que la vie n'est pas élégante qu'il faut se conduire comme elle ». Audrey Hepburn confirme « L'élégance est la seule beauté qui ne se fane jamais. » Je parle aussi de l'avarice d'Angélique « Et qu'un devis comme celui-ci elle ne l'aurait jamais accepté, sauf si... ». A la fin je suis mort. Épuisé !
Je remets, en désespoir de cause, les devis et la facture. Elle me dit « Je regarderai ». Je sais que c'est faux. Au plus elle va survoler, comme pour les papiers du tribunal, et ne rien constater.
Alain acceptera son jugement, obligatoirement.
Ne faites plus vos jeux. Circulez, il n'y a plus rien à voir !
Je vais pour repartir...Il n'y a plus rien à faire. Je me dis que j'ai tout donné quand je retrouve, au fond de mes poches, un bout de papier sur lequel j'avais noté les éléments à aborder. Je vérifie que je n'ai rien oublié. Si, là. Je n'étais pas sûr de le noter et puis je l'ai fait quand même. C'est au sujet de notre brouille. J'hésite et puis « Tu sais pour les photos de mariage...La mère...Notre rencontre...Bernadette et son silence...Mon interprétation et ma rancœur...Pourquoi je ne voulais pas saluer Bernadette ? » Alain semble soulagé, enfin ce n'est que mon interprétation.
Je parle parfois à Alain, et parfois dans le vide.
J'ai bien fait. Ça m'a soulagé d'un poids. C'était important qu'ils sachent, surtout mon frère.
Avant de repartir je les remercie pour leur écoute. Voilà, c'est fini ! On raccroche. Bip, bip, bip...
De retour, je décide de remettre la main sur la pochette de la mère. Je dois conclure définitivement cette mauvaise histoire. Je suis trop seul face aux autres...Il faut savoir tirer un trait. Je suis fatigué de tout ça ! Comme je l'ai déjà signalé je n'ai plus de force et même si Amelia Earhart déclare « Le courage est le prix que la vie exige pour accorder la paix » tout me parait si loin, hors de portée...
« Si nous savons comprendre avant de condamner,
nous serons sur la voie de l'humanisation des relations humaines. »
Edgar Morin.
J'ai fait un sacré rêve il y a de cela deux jours. Enfin non, pas un rêve mais un terrible cauchemar.
Il était un peu plus de deux heures du matin quand j'ai ouvert les yeux en grand.
J’assistais à mon enterrement. Il faisait très froid. On parlait de moi au cinq rue du Marché...
(Depuis quelques jours je sens monter une violence en moi.
J’ai des idées noires, ultra-noires, « Soulagiennes » diraient certains.
Je pense de plus en plus au mot « Violence » et puis « Haine ».)
Trou noir ---> Centre galaxie ---> Sgr A (4m, 27000 a.l) et M 87 (6m, 15,5 microsecondes d' arc) !?
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