chapitre 1
Famille toxique : Un futur mais pas d'avenir.
« On croit connaître les gens et puis.... » De Ulysse Bel-Ami.
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CHAPITRE UN Aujourd'hui 6 h 30.
CharlÉlie racontait son histoire : Une maison louée, pas très loin d'Avignon « A un vieux polonais qui cherchait une mine d'or ». Il y avait aussi un coq, c'était l'été.
Aurélien répétait à qui voulait l'entendre « Tout va bien ». Angèle tentait d'oublier et Paul se traitait de minable, fort minable. Le père se foutait pas mal des bocks et de la limonade, autant des tilleuls rencontrés lors de sa promenade. Il avait écrit « Ma lettre arrivera hier, je la poste dès lundi »
Et la mère narrait un de ses rêves...
Bip... BIp... BIP... Le réveil se mit à sonner.
Idriss, vingt ans, pensa deux choses : Que cela faisait bien longtemps qu'il n'avait plus fait de grasses mâtinées et puis, allez donc savoir pourquoi, au jeune Marcel. C'était il y a plus d'un siècle, l'histoire débutait à Combray, C'était l'histoire d'un homme « Il y a un monsieur qui raconte et qui dit je ». Mais si ! Cet enfant qui longtemps se coucha de bonne heure. C'était un des rares livres qu'il avait lu, enfin le début, les premières pages en tout cas. Lui, c'était davantage les bandes dessinées et autres mangas à la mode...
Et aussi une passion pour Arthur Rimbaud.
Il était à deux doigts de retrouver ses rêves quand il pensa à sa mère.
Aujourd'hui n'était pas un jour comme les autres, il le savait bien. « Allez à cœur vaillant... »
Il ne se souvenait plus de la suite, qu'importe. Il souleva sa couette, retrouva ses pantoufles et alors qu'il exerçait une poussée de bas en haut, il récupéra par la même occasion ce carnet qui traînait là, depuis hier, sur la table de nuit. Ce carnet remit la veille des mains de sa mère
Elle y avait ajouté trois photographies prisent lors de l'anniversaire des soixante-dix ans de la grand-mère. « Cela semble tellement loin... » Il n'était qu'un enfant, à peine l'âge de raison et encore ?
De toute manière il n'avait plus vraiment le choix, il avait promis.
Il était là...Là, sur la table... En train de boire ce fameux café du matin, le premier. Slurp...slurp !
Le meilleur... Ce premier geste de l'aube.
Posé pas très loin de lui il saisit ce petit carnet, format standard ainsi que les trois photographies. Sa mère lui avait raconté, la veille « J'ai souvent entendu parler de ce carnet mais j'ai dû attendre le décès de ma mère pour y avoir accès ». De mémoire ce carnet avait été oublié lors de l'anniversaire en question. Elle avait ajouté « Je trouve que ce carnet représente bien les centres d’intérêt de mon frère Christian. C'est à son image, ça part dans tous les sens. Enfin, tu verras bien... ».
Il prit les trois photographies. Sur la première, il était au centre, entouré de son frère et de sa sœur.
Une autre avec son cousin Guy au restaurant et enfin une dernière avec toute la famille.
Il reposa ces trois clichés et attrapa le carnet. « Ah oui, d'accord ! »
Dessus il y avait de tout. Des résumés de livres et autres articles, des citations, des réflexions sur la vie...Mais aussi la mort, des pages sur les mathématiques avec même, là, des équations.
Parfois, sur la même page on retrouvait un texte très détaillé sur un sujet, comme ici avec l'évolution des solitudes... Et puis, profitant d'un blanc, une formule ou autre citation.
Perdus au milieu d'un texte, écrit à l'encre bleue, ces mots de Christian Bobin écrits en rouge « La vie en société c'est quand tout le monde est là et qu'il n'y a personne. La vie en société c'est quand tous obéissent à ce que personne ne veut ». Il avait bien aimé aussi les mots de Gilles Deleuze et notamment son interrogation « Est-il possible de faire avec la multitude une collectivité d'hommes libres au lieu d'un rassemblement d'esclaves ? ».
Il y avait aussi ceci « Le bonheur c'est gagner dix euros de plus que son voisin ». Ou encore
« L' homme n'est là que pour transmettre, l'important c'est la vie. L'homme n'est qu'un moyen ».
Aujourd'hui 8 heures.
« Demain sera un grand jour. Demain ma mère fêtera ses soixante ans. Alors aujourd'hui, c'est comme une grande répétition ». C'est ce que pense Idriss en regardant son beau père entouré de ses frères et sœurs. Chacun semble s'activer. On les voit courir et parfois pas, arranger une guirlande par ici ou rectifier un éclairage par là. Ils préparent la salle retenue pour l'occasion, des tables ont été dressées, une autre salle a été aménagée...
Il ne sait pas pourquoi mais quand il les voit s'affairer ainsi il ne peux s'empêcher de penser à cette maxime de notre ami William « Nous sommes tous des comédiens. Nous répétons, sans cesse, une pièce que nous ne jouerons jamais ». Il a toujours trouvé cet adage fort sage et puis toute la famille le citait régulièrement, c'était devenu telle une évidence, une habitude. Mais, ici, il y a une grande différence avec cette maxime. Et elle est de taille : La pièce sera jouée, répétée d'accord, mais la représentation aura bel et bien lieu. La date en est une preuve !
Arthur aurait pu le dire, comme dans Illuminations « J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile ; et je danse »
Pour l'heure toute la famille est au travail. Toute la famille ? Non, une partie seulement. En réalité le beau père dirige toute sa petite famille. Il est vrai qu'il les trouve, parfois, un peu envahissants ce qui est loin d'être l'image que renvoie la famille maternelle, très discrète, trop.
Sa mère avait deux frères, c'est elle qui était l'aînée de la famille. Alain, le cadet, gardait un lien très épisodique. Christian, le benjamin, avait totalement disparu de la circulation.
Elle ne parlait que très rarement de leur vie d'autrefois, j'allais dire jamais, sauf une fois où les yeux perdus dans le vide elle lui avait dit « Mes parents sont nés sans foi en eux-mêmes ».
Aujourd'hui il doit rencontrer ce frère disparu, son oncle, dont il ne sait rien. Enfin presque rien, ses très rares souvenirs remontent à si longtemps, il n'était qu'un très jeune enfant. En tout et pour tout il ne possède de lui qu'une adresse, sans numéro, située dans un autre département, perdue dans un petit village. Bizarre, tout de même, un village sans numérotation – pensa t-il – c'est bien la première fois qu'il rencontrait ce cas de figure.
Sa mère avait peur de ne pas trouver les mots d'où sa venue. Elle avait l'habitude de dire « Nous avons tendance à penser avec nos pieds et courir avec notre tête. Résultat : Nous tombons »
C'était donc à lui de retrouver Christian.
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« Demain sera un grand jour, ça c'est sûr ! »
Idriss semble presque heureux en disant ça. Non, il l'est.
Il vient à l'instant de franchir un col qui en dix kilomètres de lacets, parfois interminables, l'a élevé de plus de trois cent mètres. Un peu avant d'arriver à son sommet il a retrouvé une sensation qu'il croyait oubliée, celle des oreilles bouchées...puis ce son qui émerge à nouveau et s'amplifie.
Une autre chose lui revint également en mémoire. Il était très jeune. Il devait avoir six-sept ans. Et cette route Napoléon...
Des virages sur des kilomètres et des kilomètres. Il avait été malade...Il avait même vomi.
D'après ses souvenirs, cette route Napoléon devait aller vers Nice. Il se souvenait d'une grande maison, d'une piscine, de grandes balançoires et aussi de beaucoup de monde. Par contre, il a beau chercher, il ne garde aucun souvenir de la raison d'une telle réunion familiale.
Désormais le cadre a changé.
Terminé les ascensions place à de vastes champs, seulement entrecoupés par des forêts et à nouveau des cultures, céréalières notamment.
A l'horizon, c'est devenu plat ! Comme le plat pays ou les Pays-Bas, au choix et plus si...
Cela fait une quarantaine de kilomètres qu'il conduit ainsi sur ces routes départementales. Souvent avant d'arriver dans un nouveau village ou plus simplement un lieu dit, la route grimpe un court instant et puis elle redevient « tranquille ». Dans l'ensemble, les véhicules ne sont pas légions. On les croise bien sûr dans les villages, et encore il n'y a pas foule, mais passés un ou deux kilomètres la route redevient à vous, d'où ce terme de « tranquille ». La visibilité aidante il peut même se payer le luxe de couper les virages comme il aime tant le faire.
Il regarde sa montre, celle ci indique dix heures treize. Il devrait arriver assez rapidement..
Il arrête la radio et ce débat qui ne l'inspire guère, perdu dans ses pensées on dirait qu'il s'interroge.
Pendant ce voyage, un peu moins d'une heure, il ne peut s'empêcher de se questionner. Il n'est pas obligatoirement le mieux placé dans cette histoire.
Ses deux demi-frères, David et Teddy, et sa demi-sœur Angélique l'ont quand même bien plus connus que lui. David lui avait même raconté que durant toute son enfance la grand-mère, mais aussi ses deux oncles, étaient toujours présents pour les fêtes de Noël mais aussi les anniversaires ainsi que certaines sorties au restaurant. Après la vie les a un peu éloignés. C'était la période où Christian parcourait l'Europe, il n'était pas souvent chez lui. Alain quant à lui s'occupait de sa mère. Il se souvenait aussi que l'année de sa naissance, Angélique accueillait son premier enfant. « C'est sûr, nous ne sommes pas de la même génération. Près d'un quart de siècle nous sépare, j'exagère à peine, vingt ans serait plus près de la vérité. Pour ma part, je les ai toujours vus comme des adultes et non des frères, une sœur, un ami ou même un copain. En réalité, nous ne sommes rien d'autre qu' une famille recomposée. »
David et Teddy ne pouvaient pas se rendre sur place car ils travaillent ensemble dans la même société et ils ont des journées plutôt chargées. Ils s'occupent de tout ce qui est en rapport avec la toiture. Parfois ils sont même présents sur les chantiers le samedi.
Angélique, quant à elle, lui a donné la raison de son absence mais au milieu de toutes ses justifications, il réalise qu'il n'a rien retenu. Elle parle tellement, de tout et de rien et de rien et de tout qu'à la fin...Cela lui fait penser à Coluche quand il soulignait en direction des technocrates « Vous leur posez une question et à la fin de leur réponse vous ne comprenez même plus la question du départ ».
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« Saint Paul » Il franchit à l'instant le panneau d'entrée du village et gare sa voiture.
Ici, les rues sont bien indiquées mais aucun numéro pour se repérer. Alors, proche de la Mairie, il déambule. Très vite il aperçoit ladite rue et se repère aux noms sur les boites aux lettres, parfois sur les portes d'entrée. Il ne sait même pas à quoi ressemble l'habitation. Il regrette de ne pas avoir demandé des photos de la maison, au moins une explication, un repère.
La rue monte plutôt fortement. Il décide d'observer le côté gauche.
On dirait que le village se veut désert. Il joue au flâneur, le promeneur pas pressé. Il donne l'impression d'un photographe en quête d'un bon plan, du cadrage idéal mais l'air de rien il épie.
Il a remonté toute la rue, un peu plus d' une centaine de mètres, R.A.S.
Il commence la descente côté opposé.
Rien, toujours rien. Puis en retrait de la rue...Là, le nom recherché.
Il sonne. Personne ne répond.
Pas un bruit à l'horizon. Le village semble vide. « Où sont les villageois ? » s'interroge Idriss.
Il renouvelle sa présence mais rien ne se produit.
De la rue, au début, on ne voit qu'une partie de la façade. Cette dernière continue en réalité à l'abri des regards, cachée par une autre maison ainsi que de la végétation.
A quelques mètres de là une autre porte semble l'inviter.
Il hésite... Mais il reste là et sonne à nouveau.
Toujours rien.
Il hésite encore... puis il décide de pousser la porte entrouverte à seulement quelques mètres de la porte d'entrée. « Il y a quelqu'un ? »
Personne ne répond.
« Je suis le fils de Joëlle. Il y a quelqu'un ? »
Seul le silence lui fait écho.
Il décide de pénétrer à l'intérieur. Cela fait penser à un sas. Au plus trois, allez maximum quatre mètres carrés, avant d'arriver face à une nouvelle porte. Celle-ci est fermée. Sur la droite, des marches semblent prendre la direction d'un quelconque grenier. Des tasseaux de bois et des outils divers en témoignent.
Il remarque que les marches qui y mènent sont très usées. Sur la quatrième marche une grande enveloppe est posée. Presque à hauteur d'homme. Il ne sait pas pourquoi mais ses yeux sont intrigués par cette énorme enveloppe style A4.
Il a un peu peur. Non, il a peur.
Il va pour se retirer.
« Je vais attendre dans ma voiture. Mieux, je vais rechercher un bar, j'aurais peut-être des infos, mais pour l'heure mes yeux sont attirés par l'enveloppe...
J'ai bien fait ! Dessus les prénoms de ma mère et de mon oncle Alain ».
Tel un voleur il glisse l'enveloppe sous sa veste et rejoint sa voiture.
Il démarre alors que l'enveloppe vient de glisser sur le tapis du véhicule.
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Dans le rétroviseur il laisse là ce village dont il ne connaît qu'une seule rue ainsi que cette place où trône, en son centre, la Mairie.
Arrivé au premier rond point il en profite pour récupérer l'enveloppe, il remarque au passage que celle ci n'a pas été refermée. Il ne fait pas plus de quatre ou cinq kilomètres quand il traverse un premier village. Une place avec sa fontaine, ces quelques commerces dont un bistrot qui semble l'inviter...
Il rentre.
Il s'assied tout près d'une fenêtre avec vue sur la campagne.
Il dépose l'enveloppe sur une chaise à ses côtés.
« Bizarre cette enveloppe. Pourquoi ne pas avoir pris la peine de la refermer ? ».
Il s'interroge.
Il glisse une main à l'intérieur. « Comme ça, juste pour voir. »
De nombreuses feuilles d'un format A4 occupent l'espace.
« Je n'ai pas réfléchi. Je sors tous ces feuillets et repose l'enveloppe sur la chaise.
J'ai commandé, au barman, un café avec un verre d'eau. »
A SUIVRE...
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