CHAPITRE 49
CHAPITRE 49.
Mi-juin
« Quand on se colle à un miroir,
Ça « tourne » à Saint Paul, je m'interroge encore et encore. On ne se voit plus. » Oscar Lalo.
Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, j'ai fait un week-end à Saint Paul. Enfin pas un week-end avec une nuit sur place, que nenni. Les nuits sont encore trop fraîches. Même la matinée, au moins jusqu'à onze heures, il faut mieux avoir sa petite laine. J'ai continué ce que je nomme ma petite bricole.
En début de semaine, normalement, j'ai prévu d'acheter des plaques de toit. Si cela se passe comme je le veux je ramènerais la voiture pour en charger le plus possible. Ça risque d'être très long, c'est toujours long quand on est seul. Eliette Abecassis confirme « L'absence n'est rien d'autre qu'une présence obsédante ». Je pense à mon frère.
J'ai prévu trois trajets minimum pour le chargement des plaques et bien plus pour le déchargement des tuiles en direction de la déchetterie. Ça va être long.…Parfois je me dis même trop long.
Bon, ne mettons pas la charrue avant les bœufs. La première chose à faire pour la journée de lundi sera de me rendre à Brico Dépôt pour voir s'il reste une de leurs références pas trop chères.
Espérons qu'il en reste sinon tout de suite les prix s'envolent. Et puis avec le coffre de la voiture définitivement bloqué je vais devoir m'adapter et seule cette référence à une chance de rentrer.
Je devrais faire un essai, prendre les mesures. Je prévois que ça sera galère aussi bien pour le chargement que pour le déchargement. J'ai mis en attente la gouttière côté voisin, peut-être pour octobre ou novembre si le temps le veut bien. Et puis je ne dois pas oublier mon propre toit en attente. J'ai plein de choses à faire. J'ai trop de choses à faire. Parfois je perds tout courage. Et puis j'ai surtout un truc en tête, un truc qui me prend la tête plus précisément. Ça tourne en bloc et ça se résume par « Il faut beaucoup haïr quelqu'un pour lui faire ça. » Et Martin Luther King d'ajouter « A la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis ».
Y' a même pas d’écho. On joue à domicile, en famille !
Quand je pense que je n'étais même pas invité pour l'enterrement de ma propre mère mais bien prévu pour payer, le vidage d'appartement il y a bientôt deux ans et prévenu un an plus tard on sait pourquoi, la surfacturation, mes courriers à Alain, mes déplacements pour aller à la rencontre de ma sœur, aujourd'hui le notaire et sans oublier tout le reste... Oui, il faut beaucoup haïr, trop ?
J'en appelle à Montaigne « Il n'est réplique si piquante que le mépris silencieux. »
Bien sûr que je ne suis pas un ange. Je dirais que je suis quelqu'un d''entier.
L'innocent expliquait « Je revendique complètement ma connerie et mes dérapages. Parce qu'il y a là quelque chose de vrai. Et si on ne dérape jamais, c'est souvent qu'on est un peu con – L'innocent c'était Gérard Depardieu – Je préfère être ce que je suis. Continuer à être ce que je suis. Un innocent. » Cela fait bien longtemps que je regrette parfois mon comportement. Oui, c'est vrai, parfois je m'emporte. Je dis toujours ce que je pense et ça pourtant je sais que je ne le devrais pas.
L’honnêteté n'a jamais payé ni la franchise. Dire de quelqu'un qu'il est gentil c'est toujours négatif.
Il faudrait mentir face à ce style d'individu mais on ne se refait pas comme on ne refait ni le monde ni les autres. Hegel racontait « L'histoire n'est pas le lieu de la félicité. Les périodes de bonheur y sont ces pages blanches » Qui a dit trop bon, trop con ?
Je me revois enfant, j'allais vers mes onze ans, je m'étais juré de ne jamais mentir. Je voyais mes parents, la famille et sans cesse « Tu dis rien à.… » « Je te le dis mais chut... ». Je pensais que mentir ne servait à rien. J'ai tenu ma parole d'enfant. Le roman de la vie a remplacé les contes de fées. J'ai tenu ma parole d'enfant le plus souvent possible, presque toujours. Je crois que ceci m'a coûté très cher. Trop sûrement. Pourtant on a toujours le choix, non ? Je voudrais être Jack Nicholson dans ce film de George Miller « Les sorcières de Eastwich » et m'entendre dire « Ce n'est pas nous qui distribuons les cartes mais rien ne nous empêche de jouer comme l'on veut. »
Je pense à tous ces cadeaux que j'ai fait durant toutes ces années à ma sœur sans avoir besoin d'une quelconque date et je pense à aujourd'hui. C'est l'heure des bilans, c'est triste.
Parfois je me dis que je devrais en parler à mon frère. Aller le voir et tout poser sur la table : Les devis, l'estimation de l'appartement et le notaire... Est-ce toujours à l'ordre du jour ?
Je regrette de ne pas en avoir parlé lors de ma visite au Palais, la dernière sûrement.
Je repense à Alain et sa peur de payer quand il croisera le notaire. Une manipulation de ma sœur, accompagnée par sa fille ? Et si Alain était de mèche ? Parfois je me dis que je suis peut-être le seul à avoir payé un enterrement auquel je n'aurais pas dû être invité. Alors, oui, je pense à cette version où Alain aurait un rôle. Pourtant je n'ose me l'avouer... Ce serait fou, non ?
J'aurais voulu ravaler mes mots pour lui donner davantage de crédit, augmenter son temps de parole en quelque sorte mais je n'y arrive pas. Je préfère ne pas y penser, pas lui. Je dois me faire une raison. Même si je pense que tout ceci n'est guère raisonnable. Tirez un trait de l'appartement jusqu'au notaire. Tirez un trait sur ma mère...Ne garder que ce classeur et cette photographie.
J'hésite entre un Jean Paul Sartre et sa notion de liberté « Être libre, ce n'est pas pouvoir faire ce que l'on veut, mais c'est vouloir ce que l'on veut » et un Louis Ferdinand Céline qui enlève toute liberté au nom de dame solitude « Être seul, c'est s'entraîner à la mort ».
Si je veux être honnête avec moi-même, j'ai peur de rencontrer à nouveau Bernadette et Alain.
J'ai peur qu'ils le prennent de haut. Style « Oui, bon, c'est du passé » ou je-m’en-foutiste « Chacun a touché ce qu'il devait, non ? ». Mais ma plus grande peur, ma plus grande surprise serait de les entendre dire « Ah oui, c'est tout bon. Joëlle s'est occupée de tout. Tout est réglé désormais »
Là, je risque de péter les plombs. Il ne faut surtout pas...Et pourtant. C'est un pile ou face.
Ils peuvent percuter de suite...Ou jamais. Merci et au revoir. J'aimerais qu'ils se sentent concernés, comprenant cette manipulation mais je ne peux m'empêcher de penser au pire. Pourtant même dans mes rêves je nous vois tous les trois. ----- , – – , ---, – –,
J'imagine une lutte...mais parfois je ne vois aucune lutte. z + z = z + z = zz = z z .
Seulement une personne isolée, moi.
Il y a une autre chose qui me turlupine. J'allais même dire que la chose en question commence à dater, c'était au mois de juillet dernier quand tout a commencé, quand tout a recommencé. Pas pour le courrier de ma sœur déposé comme on le sait mais quand la première lettre en AR est apparue.
Ce premier courrier, venu tout droit du tribunal, m'avait pris beaucoup de temps. Aujourd'hui je me rends compte que je n'y ai, pourtant, pas accordé assez d'importante et notamment des renseignements importants sur mon frère et ma sœur. Pour preuve j'ai réalisé que mon frère n'avait pas indiqué son téléphone seulement au moment où j'en ai eu besoin, c'est à dire bien plus tard. Idem pour l'adresse de ma sœur. Je n'ai même pas vu que l'adresse qu'elle m'avait donnée ne correspondait pas à celle notée sur les papiers de notre dernière comparution.
« C'est la perception qui est la cause de la souffrance : Nous souffrons de l'interprétation, de l'évaluation des choses, jamais des choses elles-mêmes. » Baker Roshi.
Contrairement aux écrits j'ai gardé une bonne mémoire et notamment du juge quand il nous a questionnés. C'est Joëlle qui a ouvert le bal...Costumé, déguisé et plus...
J'ai entendu très nettement « Mon mari touche 1490 euros par mois et moi je ne travaille pas ».
C'est là, dans cette phrase, qu'est mon questionnement. Déjà, elle mentait... Pour le jugement il était écrit 1690 euros. Envie de dire, elle a peur de rien Joëlle. Mais en même temps c'était triste, à l'heure du numérique, croire que personne n'allait percuter. Mais revenons à cette phrase. J'en connais un qui a déjà dit « Vous verrez, vous allez tout de suite percuter sur une omission ».
Il manque quelqu'un. Où est Idriss ? Idriss avait le même âge que l'aîné d'Angélique. Et de quoi avait peur cette dernière, que son fils ne soit obligé de payer car il venait tout juste d'être majeur.
Je sais qu'Idriss et Jordan ont partagé un temps la même école et la même classe.
Mais Jordan a rejoint l'école privée... Qu'est devenu Idriss ? Bien sûr que je ne serai jamais pourquoi ma nièce a été conviée à comparaître. J'ai bien au minimum deux idées mais je sais que je ne saurai jamais la vérité. J'aurais dû en parler lors de notre passage au tribunal. Engager la discussion avec la directrice de l'EHPAD et la tutrice quand je suis parti du Palais. Elles étaient là, juste en retrait de quelques mètres mais j'avais aussi constamment Angélique qui ne m'a pas quitté du début à la fin. Ce n'est peut-être pas un hasard, non ?
Par contre pour l'âge de son fils je suis quasiment sûr de la véracité de ses dires.
Mais pour en revenir à Idriss, où est-il ? A à peine dix-huit ans, est-il retourné chez son père ?
Il y a de cela près de dix ans Angélique m'avait appelé au téléphone, un brin alarmiste « Oui tu sais le nouveau mari de ma mère – le deuxième avant que n'arrive l'actuel - il refuse de partager le lit avec ma mère et il ne lui adresse plus la parole. J'ai peur, avec Idriss, qu'il décide de partir dans son pays d'origine. On peut faire quoi ? ». Je crois lui avoir dit « S'il est venu pour obtenir des papiers – il était là depuis près de trois ans - normalement ce n'est pas pour repartir mais je peux me tromper ». En tout cas Idriss avait disparu. C'est fou, c'est la même histoire. Chacun prend son envol la majorité venue, comme pour les parents. Mais alors rien ne change.
Quel que soit le choix d'Idriss j'imagine qu'il ne devait pas être heureux.
Je repense à Angélique, David et Teddy... Eux aussi ils n'ont pas fait de vieux os !
Angélique est partie vers seize ans, David vers ses quinze ans et Teddy à préférer vivre chez son père alors qu'il terminait son CAP. Oui, c'est la même histoire. On change les acteurs mais on garde la trame de la pièce. Le cas échéant on l'adapte différemment mais le fond reste le même. Diable !
Je repense, toujours lors de notre comparution, à ma déclaration.
Elle était fort simple, je touchais le RSA. a2 d2V dv dV
Je revois la scène. Par M : – S2 --- + rS --- + --- -rV
Personne ne m'a rien dit, rien demandé. 2 dS2 dS dt
Je sais que si les rôles avaient été inversés, j'en aurais parlé.
Pas devant tout le monde, ceci n'est pas mon style, mais à l'écart. J'aurais attendu la fin et quand la chose se serait présentée j'aurais dit aussi bien à mon frère qu'à ma sœur « Si tu as des soucis, tu sais que tu peux compter sur moi. N'hésite pas à m'appeler ou laisse-moi un courrier à Saint Paul ».
Là, il n'y a rien eu de tout cela.
J'ai pensé très fort à Théo et Vincent... Quelle belle histoire d'amour !
J'aurais tellement aimé qu'avec Joëlle et Alain on forme un bloc. J'aurais tellement aimé en parler avec eux, de ses parents terribles. Dire comment, chacun à sa manière, nous avions traversé cette enfance, ses séquelles... Parler de cette non-éducation mais ceci aurait été impossible dans cette réalité, notre réalité. Oui, impossible et c'est encore une fois de ma faute. Je n'ai pas su voir.
De ma sœur, durant toutes ces années où nous nous sommes fréquentés et notamment ces vingt premières années en couple, je n'ai voulu voir que le bon côté. Pourtant c'était criant. Ma sœur se levait vers les dix heures et sa journée se partageait entre petit ménage et feuilletons à l'eau de rose.
Je me souviens avoir dit à ma mère mais aussi à ma sœur que la vie ce n'était pas ça. Une ou deux fois je sais que j'ai dit à ma sœur « Mais pourquoi tu ne travailles pas ou alors t'investir dans le monde associatif en qualité de bénévole ». Je ne souhaitais pas être méchant, juste leur faire comprendre que la vie ne se limitait pas à du ménage, des feuilletons et baiser à longueur de journée. Ma sœur a toujours aimé le sexe, ça elle l'a transmis à sa fille. Pas une histoire d'amour, non, juste l'acte...animal. J'imagine, aujourd'hui, qu'elle a dû mal le prendre. C'est peut-être la raison, ou une des raisons, de tant de méchanceté et cette phrase qui revient sans cesse « Il faut beaucoup haïr quelqu'un pour lui faire ça » Une histoire d'éducation ? Helen Keller précisait « le meilleur aboutissement de l'éducation est la tolérance. » Nous, on ne nous a pas éduqué. On a oublié de nous lire le Petit Prince ou Candide. Et le reste aussi.
Parfois, je pense comme Yann Moix dans « Naissance » : « On allait me donner la vie, jamais on ne fournirait (je le savais bien) de quoi la remplir. On me fournit le contenant, non le contenu. »
Et puis ce grand final. Je l'ai vu en rêve. Je ne me souviens pas du début de ce rêve. C'est une image, une simple suite d'images mis bout à bout. Un peu comme ces romans photos à l'eau de rose, style « Nous deux ». Ma mère en était d'ailleurs très friande. Ma sœur également. Il y en avait toute une pile, une bonne pile !
J'ouvrais une porte. J'arrivais dans une chambre style chambre d'hôpital. J'observais ma mère, là dans son lit. J'ai vu une larme coulée sur sa joue. J'ai pris la direction du lit. J'ai écrasé doucement cette larme avec ma main. J'ai pris la main de ma mère. Je tenais ma main dans la sienne ou le contraire. J'étais apaisé. J'aurais aimé pouvoir dire, nous étions en paix...Et puis le rêve a disparu
Je ne sais pas ce qu'il m'a pris, j'ai fait un week-end à Saint Paul. Enfin, pas un week-end avec une nuit sur place, que nenni. Les nuits sont encore trop fraîches. Pour l'heure c'est la version côte qui se dessine. De toute manière une côte devient obligatoirement une belle descente au retour, non ?
En réalité j'ai surtout un truc en tête, un truc qui me prend la tête plus précisément. Ça tourne en bloc et cela se résume par « Il faut beaucoup haïr quelqu'un pour lui faire ça. »

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