CHAPITRE 48
CHAPITRE 48.
Mercredi 20 juin.
« L'absence de preuve n'est pas
C'est la dernière au Palais, rideau. la preuve de l'absence. » Gérald Bronner
Mercredi c'est avocat ! Cette fois ci j'ai décidé de m'y rendre. J'y vais comme l'on irait à une dernière. Étonnement je suis très détendu. La sensation d'être l'élément d'une troupe qui aurait vécu un grand succès et finirait, là, en beauté. Un élément ? Un élément perturbateur, perturbé diront certains. Le retour du vilain petit canard. Cette troupe qui, sans cesse, joue et joue encore. Ces comédiens qui évoluent, sur cette scène, notre scène. Quels rôles jouent-ils ?
En ont-ils conscience ? Quelle définition donnée à conscience...Une ruine.
J'y vais comme un étudiant qui irait chercher les résultats d'un quelconque concours sur une liste sachant très bien qu'il n'a aucune chance d'y être. Comme un effet de partir à l'abattoir dans ces camions ouverts à tous les vents et en même temps je suis serein. Presque tranquille, détendu.
J'y vais comme les religieux le faisaient autrefois, avec par exemple « La confirmation ».
Je suis un bon chrétien, c'est confirmé...Amen. « Au suivant ! » En réalité j'y vais surtout pour que l'on me confirme les dires des deux autres avocats, la simple trinité en quelque sorte.
C'est ça mon plan de la dernière chance. En tout cas ça en fait partie !
Dans la salle d'attente du tribunal une personne a décroché la première place, j'occupe donc la suivante. Il est huit heures trente. Je revois mes fiches comme le ferait un comédien, mauvais car en manque de répétition, le jour de la première ou de la générale. J'ai préparé un petit schéma pour que la chose paraisse plus claire suivi de certaines questions et tous les papiers, photocopies qui peuvent servir. Je vérifie le tout. Voilà, ça m'a pris deux minutes. Je suis prêt à rentrer sur scène pour l'acte du bureau. C'est George Eliot qui soutenait « Il n'est jamais trop tard pour devenir ce que nous aurions pu être ». Une troisième personne prend place. Puis une quatrième. On n'attend plus que l'avocat, ou l'avocate. C'est un binôme qui se présente. Ils envahissent le bureau, l'un des deux ressemble à un étudiant en fin d'études, et appelle le premier. Dix minutes plus tard c'est mon tour.
Je retrouve ce bureau que je semble bien connaître. Contrairement aux autres avocats il ne me demande que deux choses, à savoir mon nom et si je touche plus de mille euros.
Je donne mon nom et dis que je ne touche pas plus de mille euros. C'est parti !
Je me sers de mon schéma pour lui expliquer, le petit jeune est trop excentré, le décès du père, les treize années d'Alain, les treize années me concernant, pour arriver à il y a deux ans au vidage d'appartement et la rentrée en maison de retraite. Je lui montre le courrier de ma sœur reçu en juillet de l'année dernière puis la surfacturation et ma visite chez ce commerçant. Je fais la version light tout en débitant à vitesse grand V. Il me coupe une ou deux fois pour être sûr de bien comprendre.
Voilà, j'ai essayé de tout résumer. J'ai parlé de tout normalement.
Voilà, il déclare « Pour les pompes funèbres tout a été fait comme la loi le demande. Vous ne pouvez rien faire. C'est normal ! - il m'interroge sur l'héritage de la mère - Il y avait-il de grosses sommes d'argent ? » Je lui réponds par la négative. « Pour votre sœur votre seul recours serait de lui adresser une lettre avec accusée de réception lui demandant les objets auxquels vous tenez.
-Mais ma sœur m'a déjà répondu oralement que tout avait été jeté ou donné à la Croix Rouge.
-Dans ce cas, monsieur, il ne vous reste plus que le procès mais vous partez perdant ».
Il illustre ceci d'un exemple « Vous allez demander certains objets...Et si votre sœur déclare que c'est vous qui les avez, en quelque sorte que le partage a déjà eu lieu... »
J'en déduis, normal : C'est parole contre parole.
Et c'est qui le plus isolé ? « L'enfer tient en un mot : Solitude. »
Toute sa famille sera là pour témoigner s'il le faut. Victor Hugo.
Et Alain... ? Je voulais une confirmation, je l'ai.
C'est con mais en sortant j'ai presque le sourire. Je remercie, en lui serrant la main, l'avocat silencieux et fais de même avec mon interlocuteur.
« Voilà, c'est fini. » pourrait dire l’insupportable Jean Louis au téléphone. Fin des espoirs.
« Rendez-vous, vous êtes cernés » hurle une vieille série policière. Non ce n'est pas une vieille série policière ou pas, c'est la justice. Qu'on se le dise et se le redise !
Nul n'est censé ignorer la loi. On vous l'a pourtant dit et répété !
« Choisir de se croire vulnérable,
même un instant, rend vulnérable. »M Williamson.
Fabien Marsaud, plus connu sous le nom de grand corps malade, racontait « L'avenir appartient à ceux qui rêvent trop ». Moi, là, c'est un véritable cauchemar. J'essaye de me rattraper à cet autre ami philosophe pour qui « nous avons semé des roses et cueillis que des ronces ».
En descendant les marches du tribunal je repense à cette fin que je qualifierais de tragique.
« Vous partez perdant !». Après son exemple, il s'est levé. J'ai regardé mon schéma, mes questions...Mais j'avais la tête ailleurs. J'ai refermé ma pochette. J'avais écrit, en bas de page, mais en gros caractère le mot NOTAIRE. C'était important. J'ai oublié, c'était important pourtant...
...Surtout que je n'ai des nouvelles de personne. Pas un coup de téléphone, aucun courrier.
On en est où au sujet du notaire ? Ça fait deux mois. Et si...
Je quitte le Palais de Justice avec mon sourire en façade, une façade à rénover d'urgence.
Dedans ce n'est pas beau à voir. Je vais devoir me faire une raison, je n'ai pas le choix, plus le choix.
Je n'arrête pas de me dire « Il doit falloir beaucoup haïr les gens pour faire ainsi ». Et là, les gens, c'est moi. « Je suis une bande de jeunes à moi tout seul » pourrait préciser Renaud. Hélas plus très jeune...Je me sens ridicule, ridiculisé. Je dois vivre dans un conte fantastique. Celui où un géant est ficelé par des habitants tous petits. La seule différence c'est que dans ma version c'est le petit qui est ficelé par des géants. Il n'existe plus aucune solution. C'est trop tard. Je n'aurais jamais dû payer ce simulacre d'enterrement. J'ai foncé tête baissée...Le choc a été très violent.
Je n'ai pas assez réfléchi, j'ai laissé parler l'instinct... Ce côté animal, notre condition en réalité.
Ma priorité c'était avant tout, et si possible, d'être présent à cette cérémonie. Je ne sais pas vraiment pourquoi, comme un instinct de survie. Je ne regrette pas mon choix malgré tout ceci.
Ce serait à refaire, je le referai. C'est sûr, je n'aurais jamais pensé que ceci allait se dérouler de la sorte. Je savais que ce jour arriverait, mais on repousse toujours ce calendrier qui nous entraîne vers la mort. Je savais aussi qu'ils seraient les premiers sur place. Toute la famille Jusseron au grand complet sauf peut-être David. Je savais qu'il y aurait obligatoirement vol du côté d'Angélique mais y associer ma sœur, ça je ne l'aurais jamais cru. C'est en pensant à tout cela que je rejoins mon bus.
Ça m'a coupé la chique, je rentre chez moi.
« Vivre sans espoir, c'est cesser de vivre. » F. Dostoieski
Sous l'abribus, j'attends. Un homme m'observe. On se regarde. C'est la personne qui était avant moi pour l'avocat. Drôle de coïncidence. Il me demande ce que je pense des avocats.
Je vais pour lui répondre quand il répond lui-même à sa question.
« Un avocat c'est un mercenaire ». Je ne dis rien mais pense : Pas faux !
Un avocat c'est un bonimenteur, comme dans les foires. Quand je les entends, je ne peux m'empêcher de penser « Mais là, ils le savent qu'il est impossible de les suivre sur ce chemin. Là, il n'y a aucune raison de les croire... Pourtant ils persistent et signent. Alors Oui, ils nous prennent pour des cons. Et nous, on fait comme ci. C’est fou cette histoire, non ? » Fou comme ce nom venu d'un autre siècle, appelez-moi Maître...Et pourquoi pas Dieu. La bêtise disait Albert...
Certains mentent ouvertement. Ils déforment la situation jusqu'à la tordre. Et puis, parfois, par trop d'assurance, ils se vont Hara-Kiri car tout le monde n'a pas le talent de Halimi ou Badinter, non ?
Un ancien jugent déformait cette pensée de Jean Yanne en changeant juge par avocat et affirmait « le jour où le flagrant délit de connerie sera passible des tribunaux, il y a pas mal d'avocats qui n'auront pas à quitter la salle. » 2 2
Il me raconte son histoire, une histoire de couple. P = 2 . q
« C'est une histoire banale. J'ai raconté ceci à l'avocat et lui ai demandé si on pouvait être sûr de gagner. Vous savez ce qu'il m'a répondu ? Qu'il ne pouvait rien me garantir même si le dossier partait avec un avantage certain. Monsieur ne garantit rien mais pour ses honoraires, là, il n'y a pas de souci. Des voleurs vous dis-je !
-Et bien, pour ma part, c'est encore plus simple, il me conseille de ne rien faire.
-En réalité ils s'en foutent du moment qu'ils sont payés. N'oubliez pas que pour nous recevoir ils sont payés par nos impôts ». J'ajoute en guise de conclusion car le bus pointe le bout de son nez.
« C'est bien fait pour nous, ça nous apprendra à être pauvre ». Je crois bien qu'il n'a rien compris, moi aussi. « Dieu doit aimer les pauvres, autrement il n'en aurait pas créé autant » déclarait un ancien président et Lamennais de préciser « Les cris du pauvre montent jusqu'à Dieu mais il n'arrive pas à l'oreille de l'homme ». C’est peut-être à cela que je pensais dans ma réalité.
J'attaque ma côte pour rejoindre mon appartement, en chemin je croise la gardienne. Il y a une chose intrigante au sein de l'immeuble et je décide de lui en parler.
« Vous savez, au premier étage, il y a une grande couverture qui empêche la fenêtre d'un des appartements de se refermer et cette couverture, sous tous les temps est là en permanence, nuit et jour, depuis plus de six mois. De plus cet appartement est situé au premier et une des boîtes aux lettres du premier déborde depuis très longtemps. Et enfin, une moto garée depuis plus d'un an et personne n'y a touchée depuis. Est-ce la même personne ? Qu'en pensez-vous ? »
D'habitude nos rapports sont plutôt de l'ordre de la courtoisie. On se salue, on se dit bonjour mais ceci ne va guère plus loin. Je ne sais pas pourquoi je me mets à raconter ça. Enfin si, je me dis que cette personne est peut-être en danger. En plein hiver, avec des températures négatives, ceci doit être invivable, non ? Je crois que je me fais du souci. Il y a un hic dans l'histoire...
Elle m'apprend qu'elle a déjà signalé ceci aux HLM mais que l'homme en question, car c'est un homme, est connu pour pas mal boire et parfois elle le croise sur le coup des six heures du matin.
Il marche toujours proche des habitations mais « Cette personne ne parle pas ».
J'observe le verre à moitié plein. La personne n'est pas morte. Arrivés presque au sommet de ladite côte nos chemins se séparent quand je vois la jeune fille représentante de l'office et l'archi. Je les interpelle. Je leur raconte la même histoire que pour la gardienne. Moi qui d'ordinaire ne dis rien sur la vie des autres, je me surprends presque. Ils m'écoutent et la jeune fille semble rechercher à l'intérieur d'une pochette des documents. Elle en sorte un agenda « Si, nous devons le rencontrer ce vendredi. Ce même jour d'ailleurs nous verrons également votre voisin de palier ».
Super alors, tout va bien dans le meilleur des mondes ! Avant de les laisser vaquer à leurs occupations je me retourne vers l'archi. « Au fait, vous savez pour l'installation de l’ascenseur vous allez devoir enlever la baie vitrée ? C'est un peu dommage, non ? »
Il me rassure « Non. Nous allons garder une partie en baie vitrée. » Et la jeune fille, dans un sourire, de conclure « Et oui, ils leur arrivent aussi de réfléchir. Au fait, on travaille sur le déroulement des travaux, prochainement vous aurez toutes les informations par écrit ». Mais que demande le peuple ! Jean Jaurès avait encore une fois raison « Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l'avenir ». __
2 + V13
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3
J'ai noté, dans l'hypothèse d'une conclusion, deux ou trois faits qui me semblent importants et dont je n'ai jamais parlé. Je ne les ai pas classés pour l'heure :
Premier appart ----->Mère----->Rendu des clés----->Cuvette des WC entartrée----->Mère silence.
Travail saison----->absence----->Appel mère----->Réaction du patron.
Actions travail----->Plus de dix ans de cotisation----->Mère procuration----->L'argent a disparu.
Rente----->A ce jour plus de 40 000 euros.
Actions----->Environ 15 000 euros. Retraits au distributeur parfois de 200 ou 400E, récurrents.
Virement de compte à compte----->Sans preuve----→indéfini.
P = mg F = ma
a = F/m
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