chapitre 36

CHAPITRE 36. Dimanche 20 mai. Lettre à Bernadette et à mon frère au sujet du vidage de l'appartement. « Le premier ennemi de la connaissance n'est pas l'ignorance, c'est l'illusion de la connaissance. » Stephen Hawking. Bonjour Bernadette, Bonjour Alain, Voilà, j'ai un souci et j'aurais aimé avoir votre avis. Aux dernières nouvelles, dixit la mère, c'était il y a de cela un peu plus de cinq ans, Alain ne voulait rien récupérer de l'appartement de la mère et si possible ou en échange, ne pas participer. Lorsque j'ai repris contact avec toi, c'était il y a environ un an, je t'avais parlé d'une lettre de Joëlle au sujet de ce déménagement mais dessus il n'y avait pas de lieu d'un quelconque rendez-vous et cette même lettre n'a jamais été datée. Ce courrier avait été posé tel quel dans ma boite aux lettres à Saint Paul d'où mes interrogations nombreuses. Comme je n'ai pas eu de réponse de ta part, je sais, j'ai eu tort, j'aurai dû mettre mon numéro de téléphone mais comme nos relations ne sont pas des meilleures, j'ai laissé tomber. Au tribunal tout le monde était tendu et il s'est passé ce que tu sais, à savoir aucun dialogue. Aujourd'hui, outre le fait que personne de la famille ne m'ait prévenu du décès de notre mère, je constate que l'appartement a bien été vidé et je n'ai le droit de rien récupérer, pas même les choses que j'avais pourtant achetées ou des papiers personnels. Je trouve ça fou ? Mais c'est peut-être moi le fou ? Trouves-tu ceci normal ? Là est la question, la question que je me pose. Mardi, j'ai pris contact avec Joëlle, normalement je dois la voir, je dois d'abord lui téléphoner. J'ai pensé que sans nouvelle de ta part, je pense au téléphone, cela signifiera que tu trouves ceci normal et sinon tu m'appelleras avant le rendez-vous de mardi. Dans l'hypothèse où tu trouves ceci normal je voulais te dire que lors de notre passage devant le notaire, ça devrait être notre dernière rencontre, je ferai comme si... Au moins tout le monde sera content. Dans l'attente... « Ne vis pas pour que ta présence se remarque, Merci à vous. mais pour que ton absence se ressente. » Bob Marley. J'ai profité du week-end pour écrire à Alain. Je pense comme Chateaubriand que « C'est une méchante manière de raisonner que de rejeter ce qu'on ne peut comprendre ». Moi-même je suis le premier surpris mais je ne vois pas d'autres solutions. Ce déménagement, ou plutôt vidage d'appartement, mon absence me paraît folle. Comment ai-je pu être évincé de la sorte car ce n'est ni plus ni moins que la vérité. Je ne sais même pas comment j'ai fait pour rédiger cette lettre. J'ai essayé d'être le plus précis possible mais cette situation me paraît tellement alambiquée. « Miroirs grossissants, miroirs déformants qui supporteraient de s'y voir plus qu'un instant... miroirs insupportables d'être à la fois si fidèles et si déformants, combien êtes-vous qu'on a brisés ? Paul-Claude Racamier Je n'ai pas dormi de la nuit. J'ai tourné dans mon lit comme un rat en cage. J'ai pensé à une expérience du cancérologue David Khayat avec des rats comme pauvres héros. A cinq heures je me suis levé Pendant cette très longue nuit, j'étais au lit vers une heure du matin, j'ai pensé et repensé. Parfois je me disais que je devais faire quelque chose et parfois je pensais le contraire. Juste avant cinq heures j'ai décidé de ne pas envoyer la lettre. J'ai fait du café et je me suis installé devant la télévision. J'ai zappé, il n'y avait rien au programme. J'ai laissé la télévision en route et arrêté le son. 1011001001... Sur le buffet j'ai récupéré ce courrier avec l'enveloppe toute prête. J'ai relu. J'ai trouvé ceci assez logique. Je me suis dit que je devais le faire. Entre temps il y avait un reportage sur la ménopause, j'ai pris le temps de le regarder. On y parlait également d'une douloureuse maladie gynécologique, à savoir l'endométriose. Pendant très longtemps, pour ne pas dire depuis toujours, on appelait cela des règles douloureuses. En quelque sorte c'était normal, la faute à pas de chance. Une patience témoigne « L'endométriose peut-être, outre une grande fatigue handicapante, un obstacle à une relation durable ». Si vous avez confiance en vous-mêmes, Il n'est pas sept heures et je suis déjà dehors. vous inspirerez confiance aux autres. » Il n'est pas huit heures et je suis déjà de retour. Goethe. Voilà, c'est fait ! ----------------------------------------------------------- ( 1 + 100 ) S = 100 . ----------- = 5 050. 100 2 ----------------------------------------------------------- Samedi j’ai ramené la voiture en bas de chez moi, elle est chargée, prête à partir et pourtant je ne pars pas. La raison ? Je dois rester ici car à partir de ce mardi commence la réhabilitation des logements. Une foule d'entreprises seront présentes, pendant plusieurs mois, et ça débute par les balcons. Hier, la plupart des locataires ont vidé ces derniers, les poubelles en bas débordent. Il y a de tout, c'est le grand nettoyage. Je viens tout juste de débuter mais le plus dur reste à venir. En effet, mon balcon est surchargé. Il y a du boulot dans l'air. Je garde le téléphone à portée de main au cas où... Puis je pense à Marc Aurèle « Le temps est un fleuve fait d'événements » Et la voix d’Étienne Klein de préciser « Un fleuve n'est jamais identique à lui-même puisqu'il est fait d'éléments constamment renouvelés...Il semble, en définitive, que les mots n'aient pas d'accès direct au temps : Ils ne font que graviter autour de lui en le voilant » J'aime les interrogations, nombreuses, de ce physicien également docteur en philosophie : -Le temps a-t-il précédé l'Univers ? -Comment s'est-il mis en route ? -Pourrait-il inverser son cours ? L'interrompre puis le reprendre ? -Existerait-il plusieurs temps en même temps ? Il termine, là, sur cette page « Le temps dissimule sa véritable nature : En se montrant, en réalité, il se cache. Car cette acteur-là fait surtout jouer des doublures. » Il était une fois... Sur le continent africain. Le frère riche et le frère pauvre (1) Librement inspiré des contes d’Éthiopie de Constantin Kaïteris. Diplômé d'amharique, la langue nationale de l’Éthiopie. Deux frères vivaient dans un petit village. Ils étaient tous deux paysans comme leurs parents et leurs grands-parents... L'aîné avait eu la chance de rencontrer l'amour et par la même occasion de changer de statut social. Il possédait désormais des champs à perte de vue, du bétail et aussi une très grande maison avec de nombreuses dépendances. Pour le cadet, la vie ne fut pas tant généreuse. Seul, il survivait sans vraiment savoir de quoi sera fait demain. Son seul luxe, il possédait une vache. Pour vivre il travaillait, sans cesse, sur la terre des autres. Oui, pour lui, la vie fut bien difficile. Le cadet habitait à côté de son frère, juste à côté. Il s'était fabriqué, avec tout un bric-à-brac, une petite maison. Je crois que le terme de cabane serait plus juste. Celle-ci, hélas, risquait de s'écrouler à tous moments. Au fil du temps les relations entre les deux frères changèrent. L'aîné avait pris l'habitude de ne jamais aider son frère et petit à petit ils s'étaient éloignés. Peut-être, sans vraiment s'en rendre compte, il arrêta également de lui adresser la parole. On avait cette impression qu'il ne voulait pas voir la vie misérable de son frère. Comme si celui-ci l'obligeait à penser au temps d'autrefois. Pas si loin, en vérité. Le cadet, pas du tout envieux, en était pourtant bien malheureux. « Ce qui me blesse c'est bien plutôt la dureté et l'indifférence à mon égard. » Puis le père mourut. Il laissa, à ses deux fils, en guise de testament, le seul bien qu'il posséda, un âne. Un très bel âne gris ! Ensemble, pour la première fois depuis bien longtemps, ils se rendirent à l'enterrement. De retour, le cadet qui était bien loin de rouler sur l'or, proposa à son frère de vendre l'âne et de partager l'argent. Pour l'aîné cette somme ne représentait rien et puis il n'oubliait pas les problèmes d'argent de son frère. En réalité il n'aimait pas ce qu'il représentait, ce qu'il avait été pourtant. Comme si la misère, qu'il ne souhaitait plus voir, l'indisposait...Je crois aussi qu'il avait honte de son jeune frère alors germa en lui une idée. « Ne partageons pas l'argent de sa vente mais plutôt l'animal ainsi chacun aura sa part ? » Le cadet fut horrifié par une telle attitude. Il essaya de le raisonner mais rien n'y fit. Alors ils se retrouvèrent face à un juge, un ancien. Le juge, après avoir écouté avec attention les deux versions de chacun des protagonistes, déclara : « Puisque votre père a laissé un âne et non une somme d'argent, si l'un des héritiers le demande chacun doit pouvoir en prendre la moitié » Le riche ne se tenait plus de joie. Le pauvre pleura. L'âne fut donc tué. Le riche offrit la viande à ses chiens et le pauvre l'abandonna aux hyènes. (1) Je n'ai rien changé. Il s'agit du titre original. Plusieurs jours passèrent... Le cadet était bien déçu. « Pourquoi tant de haine ? » Il ne trouva pas vraiment de solution à cette situation, alors il pensa et repensa, encore et encore. Ses nuits étaient agitées et un matin... La solution ! Il annonça, à qui voulait bien l'entendre, qu'il allait mettre le feu à sa maison. Pour lui cette cabane n'avait aucune valeur mais il savait que s'il décidait de brûler sa maison, à coup sûr, celle de son frère brûlerait également. L'aîné eut vent de la rumeur. Il tint à son frère ce discours « Tu le sais bien que ma maison risque de disparaître si tu mets le feu à ta maison. Si tu renonces à cette folie, je te paie la valeur de ta cabane » Le cadet refusa « Je ne veux pas de ton argent, ce que je veux, c'est voir ma maison partir en fumée, c'est tout ! » La dispute entre les deux frères fut violente. Et puis, retour à la case tribunal ! Ils retrouvèrent le même juge et s'expliquèrent sur les nouveaux événements. A la fin le juge prit la parole « Que cet homme mette le feu à sa maison s'il en a envie. Elle est à lui : Ce qu'il a fait, il a le droit de le défaire, ce qu'il a construit, il a le droit de le détruire – il se tourna vers l'aîné – Tu as refusé l'argent que vous aurait rapporté la vente de l'âne. Ton frère a donc lui aussi le droit de refuser pour une maison qui n'appartient qu'à lui ». A peine sorti du tribunal, le cadet jeta une torche dans sa cabane et comme il l'avait prévu sa maison disparue mais également l'immense bâtisse et ses dépendances. Le feu eut raison de tout. Il ne restait après son passage que des bâtiments totalement calcinés voire détruits. Le riche reconstruit malgré tout sa demeure et les différents bâtiments. Le pauvre décida d'évacuer les nombreux débris puis après préparation du sol d'y semer des fèves. Le temps passa...Quelques semaines, quelques mois. Un jour, sur la parcelle où autrefois se trouvait la maison, des fèves commencèrent à mûrir. La plus jeune fille de son frère se laissa tentée par ces fèves. Aussitôt le cadet saisit la jeune fille sur le fait et l'emmena de force voir le juge. Pour la troisième fois ils se retrouvaient devant celui-ci. Le cadet prit la parole « J'ai attrapé cette jeune fille alors qu'elle mangeait mes fèves. Accordez-moi le droit de lui ouvrir le ventre pour les récupérer ». L'aîné répondit « Pour quelques fèves prises innocemment j'en donnerais la quantité qu'il voudra. Mais, de là à sacrifier ma fille pour quelques fèves... » Le pauvre ne voulut pas en démordre. Le vieux juge laissa les deux frères se quereller et puis il rendit son jugement « Afin qu'il récupère son bien, je l'autorise à ouvrir le ventre de cet enfant pour y reprendre ses fèves » Le riche baissa la tête, pleura et supplia son jeune frère « Prends tout ce que je possède mais ne tue pas ma fille ! » Le pauvre rétorqua « Et toi, comment as-tu pu tuer cet âne ? » Le juge sentait que l'on allait arriver à ce qu'il avait recherché à travers ses trois étranges jugements. C'est là, à ce moment précis, que le riche compris qu'il avait toujours été dur avec son frère, dur et méprisant aussi. Alors ils se réconcilièrent. Alors ils travaillèrent main dans la main. Alors ils furent heureux et … ----------------------------------------------- N'est-ce pas un joli conte, non ? Et dans la vie c'est pareil, identique en tout point ? Définition de conte : Récit, souvent assez court, de faits, d'aventures imaginaires et merveilleuses à l'image des contes de fées. Plus péjoratif : Discours qui laisse incrédule, récit mensonger à l'exemple des contes à dormir debout.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

CHAPITRE 57

CHAPITRE 54

chapitre 1