CHAPITRE 35
CHAPITRE 35.
Mi-mai.
Rendez-vous au Palais et première vraie rencontre avec ma sœur.
Aujourd'hui on m'a fêté mon anniversaire. Ce n'est pas fou ça ? Enfin, pas tant que ça, c'est une inconnue qui a fait le rapprochement, il était neuf heures trente.
J'étais là, au Palais de Justice, à attendre l'avocat. Deux personnes étaient devant moi.
Quand ce fut mon tour je pénétrais dans le bureau. Le même que la dernière fois, seul l'avocat change. C'est une femme qui m'accueille.
Avant d'expliquer mon histoire il faut désormais répondre aux questions de l'avocat. « Votre nom, votre adresse, votre date de naissance... » Elle lève la tête dans ma direction « Bon anniversaire alors... » Sur le coup je ne comprends pas trop. Ah oui, c'est aujourd'hui.
J'ai l'air un peu, beaucoup ridicule.
« Vos revenus, votre téléphone, comment vous nous avez connus ? Je vous écoute ».
Devant moi une feuille A4 pliée en deux avec une face sur laquelle j'ai noté un petit résumé sur l'année précédente et ce que je qualifierais de déménagement sauvage ou cavalier au choix, et celle en cours avec l'enterrement qui mérite les mêmes qualificatifs. Enfin, une dernière partie que j'ai intitulée : Quoi faire ? A la vue de cette demi-feuille l'avocate semble contrariée. Elle a peur que ceci s'éternise, je la rassure. Je la rassure tellement que je fais un résumé de résumé.
J'enlève un tiers du texte alors que mon résumé à l'origine ne dépassait pas les soixante-dix mots.
Je sors ce que je pense être ma pièce maîtresse, à savoir le courrier de ma sœur en lui annonçant
« Vous verrez, vous allez tout de suite percuter sur une omission ! ».
Elle lit à haute voix la lettre et déclare dans la foulée « Bon, ce courrier ne pourra pas nous servir »
Je suis dans l'état où vous pouvez le penser, détruit. Je pars vers une éternité d'absence...Plus un jour dirait William. Elle m'explique « Le mieux serait de s'arranger au sein de la famille sinon vous pouvez déposer plainte au commissariat en sachant que rien ne dit que la plainte soit enregistrée.
Dans le cas d'un refus vous pouvez écrire au procureur en AR et lui prendra une décision – Elle termine – Si votre plainte est acceptée voici ma carte. Merci et au revoir ». n ( n + 1 )
Quand je sors du tribunal il est neuf heures trente-sept. 1 + 2 + n = -----------
2
Vers quinze heures j'ai prévu d’appeler ma sœur pour confirmer notre rendez-vous pour le lendemain. Avant j'ai fait un point météo notamment sur Internet, peu de risque de pluie. Au plus quelques averses très locales. Je vais lui proposer, dans le pire des cas, de convenir d'un autre point de chute. Pourquoi ne pas choisir un bar pour en discuter calmement ?
Je me suis rendu au point phone. « Ce sont rarement les réponses qui apportent
Dans la cabine ça sonne ! la vérité, mais l'enchaînement des questions. »
Ça sonne... Daniel Pennac.
Ça sonne... Ça sonne...
Ça a sonné très longtemps. C'est bizarre, on dirait qu'il n'y a pas de répondeur. Sur un portable qui plus est... Ça continue à sonner... Ça sonne... Ça sonne
Et puis une petite voix, que l'on imagine déguisée pour l'occasion, quasiment inaudible.
Et puis plus rien... La ligne est pourtant bien établie. Alors comme si j'avais rendez-vous avec le néant, j'ai articulé qui j'étais et confirmé la date.
En quittant le point phone je suis en pleine interrogation « C'est mal parti ! Je m'attends à tout »
Je me demande si elle n'est pas en train de prier pour qu'il pleuve ou si d'ores et déjà elle a déjà prévu de ne pas venir. Je m'attends aussi à un grand final avec sa fille en guise de bouquet.
Machiavel croise mon chemin « La nature nous a créés avec la faculté de tout désirer et l'impuissance de tout obtenir. » Et c'est valable pour chacun, sûr ? 07 3
Énergie du vide (d’après la mécanique quantique) 10 J/cm
Le lendemain
Cela fait plus de dix jours qu'il fait un temps dégueulasse. De la pluie, de la pluie et encore de la pluie. Et quand il ne pleut pas, ça fait comme un crachin. Un peu comme en Irlande à part que là aucun soleil à l'horizon.
Aujourd'hui le ciel est toujours bas mais pas de pluie. Normalement la situation devrait s’améliorer mais hélas des averses seront présentes. Mais qui dit averses dit aussi par moment des instants plus calmes, non ? Fait quasiment impossible, le soleil tente de percer entre les nuages, notamment vers midi. Je suis assez optimiste du côté de la météo, le soleil tente vraiment de percer vers les treize heures. Je prends un premier bus pour rejoindre le centre-ville puis un deuxième pour rejoindre notre lieu de rendez-vous.
Il est treize heures quarante-cinq quand j'arrive devant la Mairie. Le timing idéal !
Je regarde, un court instant, les employés municipaux en train de bêcher et enlever par la même occasion les mauvaises herbes. Je redécouvre ce parc avec ses statues, son kiosque pour musiciens et ce bâtiment qui me fait penser à une hacienda. Plus loin le parc continue, il suffit de passer un petit pont et on découvre un parc plus traditionnel avec ses bancs et ses longues promenades que l'on devine. Mais je ne prends pas le risque de m'y aventurer, il va bientôt être quatorze heures.
Diane de Beausacq m'accompagne dans ma nostalgie « On arrive en avance, à l'heure juste ou en retard selon qu'on aime, qu'on aime encore ou qu'on n'aime plus »
Pour être tout a fait sincère, suite à mon appel de la veille, j'ai peur qu'elle ne me pose un lapin mais je me dois de rester optimiste. Je rejoins la Mairie...
J'arrive à quelques mètres... quand je tombe sur ma sœur. « Il est interdit d'interdire ! »
« Bon anniversaire au fait ! Je pensais que tu allais m'appeler avant ».
Je lui raconte mon appel et ma surprise et elle d'ajouter « Je ne réponds jamais à un numéro qui affiche inconnu ». Je lui dis ma surprise quant au répondeur et cette voix au loin et mon message au cas où... Elle me dit qu'elle ne comprend pas. Je ne dis rien même si...je m'interroge.
Elle enchaîne « Je ne vais pas avoir beaucoup de temps devant moi car Teddy vient me rechercher en voiture vers quatorze heures trente ». Ah oui, exact, c'est court ! Quand je pense qu'à l'origine j'avais proposé une journée entière, puis une après-midi, puis deux heures. Bon, on va s'adapter.
Mais ça surprend quand même. Heureusement j'ai écrit deux ou trois questions.
« Frapper quelqu'un à terre, c'est se frapper soi-même »
Je débute par la lettre de la mère. Propos d'un policier lors des « événements » de mai 68
« La lettre de la mère, c'est quoi ça ? »
Je dois rester calme. « Mais si, rappelle-toi, au cimetière. Elle avait écrit que l'on ne venait pas, nous ses fils, et toi irrégulièrement...
-Ah oui. Non ce n'est pas une lettre de la mère c'est plutôt un bout de papier. Bernadette ne te l'a pas donné ? Ah, c'est peut-être moi qui l'ai gardé. Je te le récupérerai ».
Je lui demande si elle possède des photos de ses dernières années.
« Je pensais pas qu'elle allait mourir » Ça tombe comme ça, sans prévenir !
Je lui demande le déroulement de ces dernières années, hormis le fait que j'apprenne que sa santé s'est détériorée il y a environ deux ans je n'apprends rien de vraiment intéressant.
De la maison à l'hôpital, de l'hôpital à la maison, de la maison à une clinique style maison de repos, de cette clinique à la maison, de la maison à l'EHPAD, de l'EHPAD à l'hôpital, et enfin de l'hôpital à l'EHPAD, je manque de repères. Ce sont surtout les dates qui me posent problème. Pourtant elle me communique un fait nouveau. Sur le coup je n'y ai pas fait attention, c'est plus tard « A peu de chose près, on allait fêter ses deux ans à la maison de retraite, en septembre ».
Bip,Bip,Bip...Le véhicule qui recule. Mais alors si je comprends bien ce déménagement n'a pas eu lieu il y a un an mais presque deux. Voilà pourquoi il ne pouvait être daté. 3
Tout s'explique, tout devient plus net. Quelqu'un a parlé de foutage de gueule ? P (x) = 17 = -----
Je lui demande ses derniers jours. « Quinze jours avant tout allait bien. 216
Elle se promenait avec son déambulateur, elle s'était même faite une copine » Bizarre, bizarre... !
Lors de notre rencontre au tribunal, en octobre dernier, elle m'avait pourtant affirmé qu'elle ne pouvait plus se lever ».
C'est un tissu de mensonges. « J'aurais voulu laisser une empreinte
Ça pue ! Je n'aurais laissé que des cicatrices. »
Avant de mourir elle me dit qu'elle a demandé des nouvelles du déménagement d'Angélique, d'Alain ça c'est sûr et peut-être de moi. En réalité je ne sais plus à mon sujet car juste avant elle n'arrêtait pas de dire « Oui tu sais, Alain, c'était son préféré ».
Pour l'histoire de la plaque et l'oiseau, elle n'est pas au courant « Ça doit être Angélique ».
Et la robe bleue ? Elles ne l'ont pas retrouvée. Le temps file...
Je décide de terminer par les papiers, bancaires notamment.
« J'ai besoin de savoir avant de passer devant le notaire ». Je lui parle de ma discussion avec Alain tout en restant dans le vague. Elle répond « Mais il ne reste plus rien. La Croix Rouge a tout récupéré ». On continue dans le foutage de gueule. Heureusement je suis très zen « Des papiers cela ne se jettent pas, bancaires qui plus est ! Et les livrets…Par la même occasion je voudrais récupérer son trousseau de clefs. Elle avait des clefs qui m'appartiennent.
-Ah bon ». Et puis une éclaircie dans ce ciel remplit de nuages.
« Ah mais j'y pense, j'ai récupéré des papiers dans des cartons. Ils sont à la cave ».
Le problème, elle ne descend pas toute seule à la cave. Il faut attendre Monsieur. Je me retrouve obligé de reprendre un nouveau rendez-vous pour pouvoir l'avoir au bout du fil, une histoire de fous ! « Je t'appelle mardi à quatorze heures ». Quand je pense, obligé de prendre rendez-vous sinon elle ne répondra pas, sauf si bien sûr je lui communique mon numéro de téléphone.
Mais ça je ne le veux pas. Certes, Joëlle n'a jamais abusé du téléphone – Je me rends compte par la même occasion que de toute sa vie ses coups de téléphone se comptent sur les doigts d'une main - mais je sais que si je le lui donne, sa fille sera au courant aussitôt. Et elle, cela ne la gêne pas de m'appeler à tout bout de champ et sans motif. Pendant plusieurs années elle m'appelait sans raison, une fois par semaine et ses coups de téléphone pouvaient durer près de deux heures. A la fin de la discussion vous aviez les oreilles en feu, rouge sang.
Et puis tout n'était que commérage ! Et mensonges aussi...
Deleuze disait « Plus on s'est trompé dans la vie, plus on donne de leçons. »
Elle presse le pas... « L'abondance de paroles inutiles est un
Je reconnais la voiture de Teddy devant le parc. symptôme certain d'infériorité mentale. »
Il n'est pas sorti de son véhicule. Gustave Le Bon.
On s'est séparé comme pour notre arrivée, de vrais étrangers.
J'ai pensé à Camus.
Le vilain petit canard 1/3
Contes d'Andersen publiés à Copenhague entre 1838 et 1843.
Une cane couvait ses œufs.
Au bout de quelques jours « on entendait, pi-pip, c'était les petits canards qui vivaient et tordaient leur cou au dehors ».
Sauf un, le plus gros n'avait pas bougé. « Enfin le plus gros creva, pi-pip. Comme il était grand et vilain ! La cane le regarda et dit : Quel énorme caneton. Il ne ressemble à aucun de nous... Il a dû resté plus longtemps dans l'œuf »
« Voilà ce qui se passa dès le premier jour, et les choses allèrent toujours de pis en pis.
Le pauvre caneton fut chassé de partout... »
Suite page X – Fin chapitre 37.
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