CHAPITRE 22
CHAPITRE 22.
Lundi 16 avril
( Où l'on retrouve le deuxième acte )
Premier contact avec mon frère
Je me suis endormi, encore, très tard. Et je me suis réveillé, toujours, très tôt.
J'ai conscience d'être en manque de sommeil mais que faire ?
Le jour est bien loin de se lever et déjà mes yeux s'ouvrent... « La vérité, ils l'ont fouettée
...Et les questions de se poursuivre...Des questions sans fin. si fort qu'elle ne crie plus. »
Je ne peux rester, seul, chez moi à tourner en rond...
Je prends la direction du centre ville, je fais faire quelques courses.
Plus la peine d'appeler Joëlle ou sa fille. Je crois entendre Henri-Frédéric Amiel « La vie est un colin-maillard où l'on passe son temps à jouer aux malentendus ». Ou encore Louis Aragon « La vie est un voyageur qui laisse traîner son manteau derrière lui, pour effacer ses traces ».
Pendant tout ce temps je marche en direction du marché, l'air ailleurs.
Arrivé à un croisement je vois, étendue de tout son long, une dame.
Elle est là, face contre terre. Deux personnes sont venues lui porter secours.
En fait la scène est un peu surréaliste.
La dame est allongée vraiment sur le ventre de tout son long, son visage s'écrase sur le bitume.
Deux personnes sont là au téléphone sûrement pour demander de l'aide. Elles sont agenouillées face à elle mais personne ne lui parle ou lui propose une position plus adéquate.
Quand l'une d'elles raccroche, je prends seulement le temps de lui dire que cette personne devrait être mise en position latérale de sécurité et pars sans attendre la moindre réponse.
J'entends une des personnes, j'ai déjà fait plusieurs pas au loin, me dire « Merci ».
Je n'ai pas osé intervenir même si une des personnes m'a paru vraiment sincère en me remerciant.
J'aurais pu si je retrouvais une certaine confiance en moi.
Hélas j'ai le moral en berne. Et question confiance, quelle confiance !
J'ai la vision d'Amélie Poulain quand on la voit se découper en petits cubes et ces petits cubes se répandre sur le sol. Régine Deforges m'accompagne sans le savoir « L'absurde absolu pour un être humain, c'est de se retrouver vivant sans raison de vivre ». Peter Handke garde ce même cap « Il est extrêmement pénible d'être vivant et seul » J'imagine un dialogue fou entre Léo et Louis Ferdinand et la solitude comme éternelle compagne...
« Nous vivons au ras des pavés
N'ayant jamais connu la plage. » B Lavilliers.
Je passe mon après midi à écrire et à écouter la radio.
A dix huit heures c'est la sonnerie du téléphone qui me ramène à la réalité.
« Allo, c'est l' Alain ! Angélique m'a demandé ton numéro, je fais quoi ? ».
« Surtout rien, dit lui non. ».
Avant de raccrocher, mon frère me propose de m' accompagner pour la mise en bière.
C'est vrai qu'en bus je n'y serais jamais arrivé. En plus le funérarium est au sommet d'une côte et les bus s'arrêtent à plusieurs dizaines de mètres de là.
Je saute sur l'occasion. « WASP – 121 b »
Rendez-vous est fixé demain à huit heures.
Je me dis qu'Angélique leur a peut-être forcé la main, c'est gentil, non ?
C'est Gaston Bachelard qui lançait « La lumière projette toujours quelque part des ombres ».
« L'homme n'est rien, une buée,
une ombre absorbée par les ombres. » Truman Capote.
« Le monde subjectif est aussi un monde intersubjectif, le monde de « Je » et « Tu », et tracer une frontière entre les deux n'est pas facile, parce que les deux font partie de nous. »
Siri Hustvedt.
La vitesse de la lumière dans le vide est de 299 792 458 M/S.
En 365,25 jours de 86 400 secondes chacun, 12
la lumière effectue donc son trajet de 9,46 . 10 KM
« Notre société n'est qu'une société de passage, dont nous attendons paisiblement l'effondrement en faisant semblant de ne pas nous en apercevoir... Nous dérivons sur un îlot microscopique, naufragés d'un destin dont nous ne contrôlons pas grand chose. » Aymeric Caron.
Entendu sur Europe 1.
LA MÉTAPHORE DU PETIT TRAIN DE LA VIE.
Librement inspiré de la « Libre antenne ».
Deux amis se retrouvent près d'une gare de chemin de fer.
L'un des deux voit son ami Julien avec un air dubitatif.
Il lui demande « Tu vas bien ? Tu as l'air comme en dehors de notre monde ».
A cela Julien répond « Tu vois, parfois, je regarde les trains qui s'en vont au loin. Et j'ai l'impression, alors qu' ils sont tirés par de grosses locomotives, qu'ils n'avancent guère. Et puis, d'autres fois les locomotives qui tirent les wagons semblent moins imposantes et pourtant on dirait que le train avance beaucoup plus vite. Comment expliques-tu ceci ? ».
Hadj aurait pu lui dire ce qu'il en pensait mais il préféra un angle un peu plus pragmatique.
« Viens avec moi. On va carrément aller voir sur place...Tu viens ? ».
Ensemble ils pénètrent dans le premier wagon.
Pour y accéder il n'y a aucun problème. La porte s'ouvre très facilement.
Hadj précise « Ici on retrouve les bons moments de la vie. Tu vois cela ne pèse rien ».
Ils prennent ensuite la direction du deuxième wagon.
La porte s'ouvre moins facilement.
Hadj souligne « Ce sont les mauvais côtés de la vie. Cela ne pèse guère malgré tout ».
Ils arrivent face au troisième et dernier wagon.
La porte ne s'ouvre pas. Ils furent obligés d'aller rechercher une masse pour y accéder.
Une fois à l'intérieur, plein de souvenirs. Et Julien de dire « Mais tout ceci ne m'appartient pas, ce n'est pas à Moi ».
Il y avait là, des gens certes qu'il avait déjà croisés mais si peu, des histoires de personnes inconnues racontées par ces gens à peine entrevus.
Hadj dit « C'est ici que le poids est le plus important ».
Alors Julien décida de laisser ce wagon sur le quai « Les gens qui sont concernés pourront ainsi retrouver leurs vies ».
Ils décidèrent de prendre ce train.
On aurait dit que la locomotive retrouvait comme un nouveau souffle.
Tchouf-tchouf...et le train de disparaître, déjà, à l'horizon.
« Qu'épuisant et vicié, insipide, stérile,
Me semble le train du monde »
William.
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