CHAPITRE 20
CHAPITRE 20.
Novembre, l'année précédente.
(A l'heure de l'entracte)
Quand la maison revient au centre de l'histoire.
Lorsque je me suis couché, presque de bonne heure, je n'aurai jamais pensé que la journée allait se dérouler ainsi. Réveil à six heures, bus, autocar, voiture et arrivée vers les neuf heures trente.
Depuis plusieurs mois c'est l'effervescence au sein du village. Il y a trois ans les conduites d'eau, le réseau électrique aussi bien courant fort que courant faible ont été enterrés.
Aujourd'hui, place au goudron !
Par chance j'étais présent lors de la grande visite de chantier, plus d'une dizaine de personnes déambulaient au gré des rues. J'ai demandé s'il était possible de faire une partie du chemin qui mène jusqu'à chez moi, peut-être cinq mètres sur trois soit quinze mètres carrés. Tout le monde a réagi : « Les pour, les contre, les ouais faut voir. » J'ai pensé à une conférence de Robert Musil sur la bêtise « Les hommes dans le monde actuel – Nous étions en 1937 - ont tendance, dès lors qu'ils sont en nombre, à se permettre tout ce qui leur est interdit en tant qu'individus ». Et d'ajouter un peu plus loin « La bêtise endort la méfiance, elle désarme ». Heureusement celui qui semblait être le grand chef a compris ma demande et l'a validée. Mieux, il l'a imposée telle une évidence.
16
1pc = 206 265 ua = 3,2616 années-lumières = 3,0857 . 10 m
Après plusieurs visites, depuis le chantier a pris du retard, j'espère avoir une bonne nouvelle cette fois-ci. J'ai bien remarqué que la rue n'était plus interdite. Une bonne indication, malgré tout, j'ai préféré me garer non pas devant chez moi mais sur le parking situé juste au dessus.
Au début de la rue, rien. « Goudronement » parlant. Une maison entière semblait avoir été oubliée sur la gauche. Le goudron venait après. Un bon mètre après. Je constate comme on me l'avait dit lors de la visite de chantier un goudron plus compact. Les bas côtés étaient bien faits, une rigole en son centre et deux supplémentaires sur les côtés. Bref, le paradis, bien fait, bien conçu et très bien réalisé. Arrivé vers la porte qui donne sur la rue principale, là encore une réalisation parfaite.
Toute la rue est superbe. 7
Vitesse / lumière / vide ---> v > c / 10 = 3,0 . 10 m / s
Arrivé devant chez moi toujours cette sensation de paradis. Les bas côtés sont très bien réalisés, du très bon boulot.. J'arrive devant les escaliers qui mènent à l'entrée principale, hyper bien faits, la remise à niveau des plaques d'égout à même été rectifiée.
Je monte les escaliers, je regarde à gauche. Je constate une remise à niveau a peut-être prévoir, mais rien de grave. Au plus une rigole de quelques centimètres. Bref trois fois rien.
Mes yeux rencontrent la boite aux lettres abandonnée par tous sauf par ma postière et la couleur ne laisse aucun doute : Un recommandé avec AR. Arrivée de la lettre le 16. Je repasserai demain a t-elle écrit sur le récépissé. Le fait-elle ? Je me trouve presque chanceux. Une AR c'est peut-être quinze jours après réception, là c'est bien.
J'avais prévu d'aller acheter deux croissants et bien sur la route je récupérerai l' AR.
Oui, la vie était belle et tranquille !
Avant d'ouvrir la porte et laisser mon sac – La logique fut de le déposer, fermer la porte d'un tour au lieu de deux et partir – mon regard fut porté vers la droite.
Au début je fus incrédule, est-ce le bon mot ? « Poussé par la brise des ans,
Je pense faire une erreur. Un peu comme un bug, un coma. Il filait vers une éternité d'absence. »
Le goudron enterre tout le bas de la porte de la cave.
« Merde, ce n'est pas vrai ! »
Je vérifie sur place, le goudron dépasse d'au moins un centimètre sur toute la longueur de la porte. Impossible d'ouvrir. J'essaie différents moyens mais rien. A la fin je sors le burin et le marteau.
Je tape comme un fou mais le goudron est vraiment extrêmement compact.
Je réussis seulement à dégager une bande d'un ou deux centimètres sur la moitié de ladite porte.
Je peste comme un fou, extrêmement vulgaire comme d'habitude.
Je pense à l' AR tout en tapant sans cesse.
Las, fatigué, je prends la direction de la poste et sans surprise la décision du tribunal de grande instance. J'ouvre aussitôt, parcourt les grandes lignes et constate que je suis le seul à n'avoir rien à payer. Avec comme seule ressource un RSA, c'est presque logique.
Joëlle paye 60 euros et Alain 250.
Je vais à la boulangerie pour mes traditionnels croissants et ni une ni deux j'entre à la Mairie.
Je dis à la personne de l'accueil mon problème. Elle en prend note et ajoute « C'est M. Théoleyre qui s'occupe du chantier, vous devriez le trouver facilement ». Effectivement, à peine sorti de la Mairie je tombe sur lui. Je lui dis ma surprise. Il me propose d'aller voir sur place.
Sur le chemin je lui dis le fond de ma pensée « Pour moi c'est du foutage de gueule ».
Bien sûr il le prend comme il se doit, mal. Pour lui c'est normal. Il ne voit pas où est le problème et tout de go il me dit « Monsieur il suffit de dégonder la porte, la couper et voilà ». Il me fait comprendre que c'est un jeu d'enfant, quelques minutes suffisent.
Je suis estomaqué, sidéré, je reste bouche bée, un peu comme le loup dans une représentation de Tex Avery. Il termine « Vous savez combien ceci nous a coûté. Faites plaisir et voici comment on vous remercie ». Sur ce, il disparaît. Je retape comme un fou. J'insulte tout le monde, ou presque, et surtout lui. Jacques Sapir, auteur des trous noirs de la science économique me confirme « Construisant sur du vent, ils ne nous promettent que des récoltes de tempêtes ».
Au bout de plus d'une demi-heure je termine ma bande d' un ou deux centimètres sur la totalité de la porte. Et là c'est l'escalade. Je constate que la porte est prise sur près de trois voire quatre centimètres en hauteur et alors qu'autrefois un dénivelé tout a fait correct existait, aujourd'hui celui ci a disparu sur plus d'un mètre. Je comprends que l'ouverture de la porte devrait nécessiter non pas cinq ou dix centimètres sur toute la longueur mais au moins dix fois plus. Au burin et au marteau la tâche me paraît folle voire impossible. Je m'énerve. N'y tenant plus je décide de partir de là.
Je repense à Jacques Sapir et ces récoltes de tempêtes. J'y associe un vieux proverbe arabe qui reste ancré dans ma mémoire « Ne fais jamais rien dans la colère: Hisserais-tu les voiles dans la tempête ? ».
Résultat : Une fois à l'arrêt du car je ne suis plus sûr d'avoir enlevé la clef sur la porte de la cave.
Certes, personne ne pourra l'ouvrir mais si quelqu'un la récupère je me retrouve en pleine panade car je ne dispose que d'un seul jeu de clef. A cause de cette clef je vais être obligé de revenir demain
« Une erreur ne devient une erreur que lorsque l'on sait
qu'elle ne peut plus être rectifiée. » Sophie Kinsella.
Une voiture et deux bus plus tard j'arrive chez moi autant énervé que trois heures plus tôt.
II – ce fameux M Théoleyre – devient l'ennemi à abattre. Le numéro UN sur ma liste.
Je me dis que condamner une porte de cave donnant sur la rue c'est leur problème. On ne rend pas un chantier avec des défauts, et là en l'occurrence c'est évident qu'il y a maldonne.
Cela découle de leur chef, à savoir ce M Théoleyre.
Dans ma tête ça tourne jusqu'à plus soif. Mes mots se bousculent dans une file d'attente en attente de solution. Je baille royalement devant la télévision sans vraiment la suivre.
Je baille tellement que je prends la direction du lit et m'endors presque aussitôt.
Je crois que l'association marteau-burin y est pour quelque chose, non ?
IF [ x (t) ] = X (f)
« Le monde est un livre ouvert. Autour de nous, en nous...
Il suffit d'ouvrir sa curiosité, son intelligence et son cœur. »
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