CHAPITRE 19
CHAPITRE XIX.
Parce qu'ils n'étaient pas là.
A la recherche de véritables parents.
Une mère ça vous entraîne toujours vers la mort, c'est logique. En même temps que l'on donne la vie on enclenche le processus. Mais quel intérêt de donner la vie dans de telles conditions ?
Dès ma toute jeune enfance j'ai eu ce sentiment de honte. Chaque fois que je croisais les parents de mes petits camarades j'avais toujours droit à « Et tes parents, ils font quoi ? ».
Je bredouillais un texte auquel moi même je ne croyais pas.
Quand j'étais à l'école primaire j'étais fasciné par les élèves qui, autour du cou, portaient la clef de leur maison ou de leur appartement. Pour moi c'était un signe de liberté et de confiance. Ces parents là les responsabilisaient. Chez moi tout était interdit avec des parents omniprésents. Pourtant j'ai toujours excusé mes parents, tenté de vivre malgré tout. Faire comme si ceci était normal.
La honte était à l'extérieur de la famille mais aussi en son sein. Une honte teintée de violences verbales ininterrompues. Avec le temps on fait tout pour oublier et pardonner. Le pire c'est qu'on y arrive. Et puis quand on est jeune on croit toujours que vieillesse rime avec sagesse. « L'expérience prouve que celui qui n'a jamais confiance en personne ne sera jamais déçu » soulignait Léonard de Vinci. On croit qu'avec le temps on change, on évolue, on se bonifie. C'est faux, rien ne change.
Je me souviens, à l'époque, c'est Alain qui essuyait les plâtres.
Le matin, de très bonne heure elle lui téléphonait, attendait son passage devant son palier puis son retour du travail. Après, Alain, à peine rentré et un jogging et une douche plus loin, il devait amener la mère faire un tour. Une mère ne devrait pas faire ça.
Ça s'appelle respecter l'autre. Elle vivait en réalité à travers les autres, elle vivait par procuration et l'autre pourtant n'avait aucune importance. L'autre, c'était mon frère, puis moi.
« Le métier de parents, c'est de savoir se séparer de ses enfants. » Marcel Rufo.
Un jour, chez ma mère, je vis les mains de mon frère. Des cloques et des crevasses en veux-tu en voilà. D'après la mère c'était à cause du travail en extérieur, le médecin avait prescrit une pommade.
Aujourd'hui je sais que c'est faux. C'était une réaction à tout ce qu'il vivait au quotidien.
Plus tard, quand ce fut mon tour, j'ai eu de l'eczéma sur les pieds. Il faut bien que ça sorte quelque part. Avec du recul je me dis même qu'elle en était méchante, mauvaise.
Un exemple. J'avais appris, suite à la lecture d'un article, que tous les cinq ans vous pouviez demander un déambulateur avec une prise en charge totale de la Sécurité Sociale. Je lui en ai parlé puis je l'ai commandé. Un déambulateur ça prend de la place et le mieux fut de se séparer de l'ancien. Je me souviens lui avoir dit « Je connais quelqu'un qui pourrait être intéressé. Je t'en débarrasse ? ». Il n'y avait aucune connotation mercantile dans mes dires, juste en faire profiter quelqu'un qui en aurait besoin. Elle m'a répondu un NON, ferme et définitif. Aucun dialogue possible. Elle a entassé l'ancien dans sa pièce du fond, c'est très bête mais c'est ainsi.
Ne serait-ce point la voix d'Albert que j'entends au loin ? « Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine...Mais pour l'univers, je n'ai pas de certitudes absolues »
Des exemples ainsi je pourrais en trouver de dizaines, des centaines. J'ai tout fait pour les oublier pourtant certains m'ont choqués. C'est elle qui a tout fait pour que je ne sois pas présent à certains événements, des histoires à ne plus finir que je préfère garder pour moi.
Même quand je croyais créer un dialogue, dialogue que je pensais sincère, ça partait sur des bases bancales. Un jour elle m'avouait avoir passé le permis de conduire, c'était quand « elle vivait » avec Alain. Bien sûr personne ne m'en a jamais parlé. Famille de … Pas même Alain !?!
Elle avait dû réussir le code je suppose mais pas la conduite alors je lui ai parlé de voiture sans permis. Ainsi pas la peine de repasser un nouvel examen, en plus le code ne devait plus être valable.
L'expérience des leçons de conduite, sans oublier les règles du code, ferait que la chose serait vite entendue. La mère qui passe le permis ?
Mais c'est du grand n'importe quoi. En fait cela remonte à plus de vingt ans. J'avais senti le désarroi de mon frère. Il était devenu trop dépendant de ma mère. Il était vraiment à son service, comme un homme à tout faire mais non rémunéré et sans limite d'heures. Il vivait à travers elle et lui il s'oubliait. Alors j'ai eu une idée...Je sentais qu'il s'ennuyait dans cette vie, il lui fallait un but. J'ai pensé que tout ce temps pouvait être canalisé et surtout apporter non seulement un bien être à travers l'apprentissage de la conduite et une certaine indépendance mais aussi une reconnaissance en décrochant de ce fait son premier diplôme. Certes j'avais tout à fait conscience de la difficulté mais comme je l'ai toujours pensé, pour moi, mon frère n'a jamais été un imbécile.
Quand j'ai proposé ça à mon frère j'ai bien vu ses yeux briller. J'ai vu également dans ses yeux ses interrogations. Il n'avait pas confiance, syndrome de la mère.Où je pense à Michelle Obama. Elle affirmait « Grâce à mon éducation, je n'ai pas seulement développé des compétences, je n'ai pas seulement développé la capacité d'apprendre, mais j'ai développé la confiance. »
Alors je l'ai motivé. J'ai argumenté. La mère paraissait sceptique, pour ne pas dire plus. Ce scepticisme sera partagé plus tard par d'autres personnes, les Jusseron en premier lieu.
J'ai persisté et signé « Si tu travailles dessus, c'est sûr, tu l'auras ».
Je ne savais pas, en ces temps, que mon frère ne savait pas lire. La chose n'en est que plus belle.
En réalité je suppose, sans trop de risque de me tromper, que c'est la mère qui devait lui faire la lecture et à lui de tout retenir. C'est sûr, c'est bien plus difficile.
La première fois il a raté la conduite...Je me suis fait engueuler. C'est une des rares fois où j'ai vu Alain ainsi « Ouais, tu veux que j'use ainsi tout mon fric... » La deuxième, tranquille !
Voila pourquoi elle l'avait passé. Elle était aussi capable que son fils, non ? Et bien non !
Manque totale de confiance en soi, mission impossible !
J'ai cherché dans les petites annonces, j'ai trouvé une voiture, sans permis, pas trop chère.
Avec Alain nous sommes allés la chercher, une des dernières vraies rencontres avec mon frère.
Je lui ai donné des dizaines et des dizaines d'heures de conduite. J'ai tout de suite vu qu'elle avait peur mais je n'ai rien dit. Je voulais lui donner confiance même si parfois j'ai eu de sacrées peurs.
Je l'emmenais à quelques kilomètres de là, dans une zone industrielle quasiment déserte.
J'avais choisi un circuit qui comportait, sur un peu plus de cinq cent mètres, une côte, le passage d'un rond point et la descente avec pour se remettre dans le sens de la marche, une marche arrière.
J'ai souvenir d'un printemps puis d'un été où il faisait beau.
Je croyais que nous échangions mais... Après je ramenais la voiture chez ma mère. « 51 Pegasi b »
Je lui ai dit de se lancer tout en étant bien sûr vigilante. Elle ne l'a jamais fait.
Cette voiture avait été achetée pour qu'elle se sente plus libre, indépendante, pour qu'elle puisse faire ses courses notamment mais elle n'est jamais rentrée seule à l'intérieur.
Puis un jour elle m'a téléphoné. Des voisins parlaient de cette voiture sans permis. Elle prenait de la place sur un parking déjà encombré. Alors je suis venu déplacer la voiture. Je sais, je n'aurai pas dû. Qui a dit trop bon...J'aurai dû dire à ma mère de faire le nécessaire mais elle faisait son regard de cocker, de chien battu. J'ai changé la voiture deux fois par mois à partir de ce jour !
C'est fou quand j'y repense mais je croyais bien faire, j'essayais de faire plaisir à ma mère.
J'ai trimballé ma mère pendant plusieurs années. A la fin la voiture avait bien souffert et j'ai demandé au mari de ma sœur, Joëlle n'a jamais passé le permis ni même un quelconque autre examen, s'il pouvait me remorquer dans un garage tout proche.. Je leur ai demandé car ils habitaient l'immeuble juste en dessous. En fait, c'est ma mère qui a fait l'intermédiaire.
J'ai vite compris, d'après ses dires, qu'il ne fallait rien espérer de ce côté là.
Ma sœur aurait dit « Il ne peut pas à cause de son travail et puis il s'est fait mal au dos et puis... »
J'en ai voulu à ma sœur mais était-ce bien la réalité ? Et en parlant de réalité est-ce qu'Alain a vraiment dit « Dis à mon frère que, s'il le veut, je lui donne tout ce qui est chez la mère s'il s'occupe seul du déménagement ». J'ai trouvé ceci dégueulasse mais, ça, je ne le saurais sûrement jamais.
Il faut savoir prendre ses distances et sortir du giron maternel, j'ai peur de m'y être perdu un peu, beaucoup, passionnément, à la folie...
« On parle beaucoup trop aux enfants du passé et pas assez de l'avenir. C'est à dire trop des autres et pas assez d'eux mêmes » aurait pu dire l'homme qui était contre les femmes, tout contre. Sacha G.
WANTED
TÉMOIGNAGES…
« Elle n’arrête pas de me dire que je suis nulle, que je ne vaux rien, que je n’y arriverais jamais…
Elle me rabaisse à un point qu’aujourd’hui je ne crois même plus en moi. Je suis à un niveau que je me marcherais dessus si je le pouvais… Un soir après une énième dispute, je lui ai demandé si c’était une sainte et elle m’a répondu que Oui ! Alors là que voulez-vous que je lui réponde…
Mon histoire est assez brouillonne, je vous l’accorde, mais ma vie aussi, très brouillonne. » Lilli.
« Tout au long du collège, j’ai tenté de parler. Mais c’était moi qui était à leurs yeux trop susceptible, trop associable, trop colérique. Ou alors je faisais du cinéma et de la comédie. Alors j’ai fini par ne plus rien dire. » Willow.
« Une mère toxique est une femme qui n’autorise pas son enfant à exister. » Véronique.
« Les enfants issus de familles narcissiques apprennent très tôt à ne pas avoir de besoins. Les besoins des parents précèdent leurs besoins. Ces enfants ont honte d’avoir des besoins et ont peur et honte de ce qu’ils ressentent. » William.
« J’ai tout perdu, famille, emploi et logement. Je me suis retrouvé à 38 ans chez ma mère. J’espérais y trouver de l’aide, du soutien, du réconfort… J’y ai trouvé toute la panoplie de la manipulation en plus d’une indifférence absolue. C’est pas simple. Je dépend encore financièrement complètement de ma « pn de mère » qui n’hésite pas à jouer avec ça, usant de contraintes honteuses. » Romu.
« Elle prend des décisions dans mon dos, me tient à l’écart, ce qui arrange bien mes frères, ça leur donne de l’importance. » Kat’s.
« Avoir une mère toxique, manipulatrice, victimisante, âgée de 84 ans, et se faire détruire émotionnellement, c’est ce que je vis. » Pastel.
« Il ne doit pas contredire ses parents, il doit leur obéir, il doit leur faire confiance, il leur doit la vie… Une mère qui a manqué d’amour durant toute son enfance peut ne pas pouvoir donner à son enfant ce qu’elle n’a jamais reçu. Elle ne sait pas ce que sont des relations saines. » Olivier.
« Ma mère est une mère intrusive, étouffante si vous préférez. Elle s’immisce dans ma vie sans aucun scrupule et elle considère qu’elle en a tout à fait le droit . Elle me rend des visites toujours sans prévenir, elle intervient dans mes relations amoureuses, professionnelles mais aussi amicaux.
Elle use et abuse des appels téléphoniques ! Je ne me sens pas libre... » Henri.
« Derrière une attitude toxique se cache un manque d’estime de soi, une insécurité, un peur de la solitude… Mon père ne m’a jamais touché. Pas de violences physiques mais un cocktail de violences psychiques qui allaient des critiques, humiliations et qui se poursuivaient toujours par des insultes puis des punitions. » Cecilia
« Une mère toxique parle mais n’écoute jamais, et elle donne des conseils mais n’en prend jamais. » Sherrie.
« Une mère toxique nuit à son développement cognitif et comportemental en l’empêchant d’être autonome et responsabilisé. En réalité, j’étais comme « absorbé » par ma mère. » Nico.
« Soit tu pars, soit tu en crèveras de ne pas être parti. » Anonymous.
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