CHAPITRE 16

CHAPITRE 16 Juillet, l'année précédente. (premier acte) 1 Une histoire de lettre et de justice. Par hasard : 0 (x) =______ e a V 2 r Madame, Monsieur le juge, Je dois me présenter face à vous prochainement, le mardi 3 octobre. J'aimerais le faire d'ores et déjà à travers ce courrier.................................................... « Conscience signifie d'abord mémoire » Henri Bergson. Je n'ai jamais envoyé cette lettre. J'avais bien conscience que cette dernière était beaucoup trop longue, j'avais alors prévu de faire ce que nous appelions autrefois un résumé de texte mais la tâche m'a paru trop ardue. Je me perdais dans des explications, je faisais du hors-sujet. Quels intérêts pour un juge de savoir tout ceci ? J'y racontais, exemples à l'appui, comment nous n'avions nullement besoin d'avoir l'âge de raison pour nous entendre dire « Mais tu ne sais rien faire, t'es un con – Tu verras, pour l'instant tu manges ton pain blanc. - Toi, tu manges de la viande tous les jours (voir pâté). - Ta sœur, c'est une pute ! ». Je parlais de mes huit ans où je préférais déféquer dans les buissons avec des feuilles en guise de papier plutôt que de rentrer chez moi. Car hormis la cuvette des WC jamais vidée pendant toute la journée, c'était infecte, une odeur à peine supportable, comme un mur infranchissable … Mais que je devais, hélas, franchir, au sortir j'aurai entendu «  Et il vient que pour user de l'eau, l'autre ! ». Je racontais ce disque offert pour le Noël de Joëlle – C'était le seul cadeau de l'année et bien sûr il ne pouvait se conjuguer qu'au singulier - un « 45 tour », pas un album, comme seul cadeau et le droit de l'écouter qu'une seule fois. Après l'électrophone s'est refermé. Il était réservé aux parents. Il lui restait la pochette. Ici les cadeaux ne coûtaient pas chers, ça c'est sûr ! En fait je n'arrivais plus à m'arrêter. Ça partait dans tous les sens. J'y racontais ces fameuses trente glorieuses et cette place à la Ville refusée par mon père avec l'approbation de ma mère, des remarques des élèves sur nos habits et notre hygiène, de nos soirées sandwichs à la queue leu leu, du sacrifice de mon frère des années durant, ce que je nommais mon inventaire à la Prévert : Fauteuil multifonctions, fauteuil roulant, climatisation, vétérinaire pour le chien, les courses, la tombe du père...De cette procuration « Je serai plus tranquille »... C'est sûr que pour remplir sept feuillets cela veut dire qu'il y avait matière ! J'ai laissé la fin de ce courrier dans son jus, à la virgule près : J'aimerais dire, voilà c'est tout ! Mais c'est faux. Ici n'apparaît que la partie émergée de l'iceberg. Alors je pense à Anne Barratin. C'est elle qui précisait « Si l'on pouvait arracher certains feuillets de la vie, elle serait plus belle ; mais il faut les tourner tous » Achille Charvet ne partage pas cette opinion « Il ne faut pas toujours tourner la page, il faut parfois la déchirer. » Pour info, et pour finir, je dirais que depuis ma dernière séparation la vie n'a pas été qu'un long fleuve tranquille. Certes, je suis propriétaire d'une maison mais il faut voir l'état. On a envie de dire « vendue en l'état » avec tout ce que cela peut engendrer... Quand je me suis séparé pour la dernière fois j'ai connu la galère. J'ai partagé ma vie avec cette maison, sans aucune commodité donc sans chauffage, électricité, eau pendant trois ans. Les hivers sur place sont...Comment dire...très durs. Parfois les fenêtres étaient totalement gelées aussi bien de l'extérieur que de l'intérieur. Et parfois cela restait ainsi toute la journée...L'enfer...Température : Entre moins 2 et Plus 2 !!!! La seule solution : Restez sous la couette...Non, les couettes ! Parfois je devais me rendre dans ma ville pour répondre à des convocations de Pôle Emploi ou d'autres structures. J'ai souvenir d'avoir passé un hiver dans ma voiture pour bien être présent lors d'une formation... Bonjour la galère et bonjour l'hygiène ! Je ne voulais pas me comparer à un SDF car j'avais toujours un toit pour dormir. Une voiture ce n'est pas rien ! Après un long séjour en foyer, près de quatre années, j'ai, enfin, décroché un bail avec les HLM. En fait cela fait plus de huit ans de galère. De la survie en quelque sorte mais ça je connaissais déjà. « Penser c'est parler avec Alors j'ai refait la lettre pour qu'elle ne fasse plus qu'un seul feuillet. soi-même » M de Unahuno J'ai dit qui j'étais et où je vivais. J'ai mis en évidence – je crois avec assez de tact – que je ne souhaitais pas que ma nouvelle adresse soit communiquée à ma famille. En effet depuis bien longtemps j'ai l'impression, entre ma mère et ma nièce, d'être proche de l'enfer. Comme si j'étais surveillé sans limite de peine. « La bêtise ne dépasse jamais les bornes – avait noté Stanislaw Jerry Lee – Où qu'elle pose les pieds, là est son territoire. » Ces gens là s'invitent sans aucun motif, quand ils le veulent...Ils vous harcèlent au téléphone. Vous essayez d'être poli, ils prennent ceci pour de la faiblesse. Emmanuel Jaffelin explique bien ceci dans l'éloge de la gentillesse « Attitude moquée et dénigrée, la gentillesse ne fait aujourd'hui plus recette. Cyniques, nous vivons dans un monde où tout don vaut abandon, pour de pas dire défaite » Et d'ajouter « Ainsi, qu'elle soit naïveté, mièvrerie ou crédulité, la gentillesse se présente au regard contemporain comme une forme de faiblesses dont il convient de se prémunir ». « C'est faiblesse de céder aux maux, mais c'est folie de les nourrir. » Montaigne. Tout le monde connaît mon adresse à Saint Paul, tout le monde a toujours connu toutes mes adresses au fil des années passées mais depuis plus de huit ans j'ai dit stop. J'étais à bout par tant de  « je-m’en-foutiste » et ces mensonges... J'ai précisé, et c'était vrai, que Saint Paul nécessitait des travaux dont je n'avais pas mesuré l'importance : Un toit en très mauvais état, une isolation inexistante, des compteurs d'eau et d'électricité fermés depuis plus de dix ans et comme souvent une liste bien loin d'être exhaustive. J'avouais avoir mis comme priorité la rénovation de la façade afin que les lieux paraissent accueillants. Je me souviens, en fin de lettre, de l'avoir remercié de m'avoir lu. J'aurais bien aimé terminer ce courrier avec une pensée philosophie de notre maître Pierre Doris mais je ne suis pas certain qu'il se serait inscrit dans la suite logique de mes propos. C'est dommage, c'est pourtant si réaliste « Entre le premier cri et le dernier râle, il n'y a qu'une suite de mots sans importance ». je l'ai gardé dans mon chapeau, bien au chaud. Pour mémoire : J'ai repensé à la lettre de ma sœur, puis à la lettre recommandée et à Angélique. Les trois ont fait leur apparition dans la même semaine et souvent pour arriver à Saint Paul le temps pour distribuer le courrier se veut conséquent. Pour la signature devant le notaire, c'était il y a vingt ans, sa lettre avait pris plus d'une semaine et il m'avait dit alors qu'il n'était « pas plus étonné que cela ; une habitude ». Qui a écrit en premier ? Je m'interroge. Ma sœur n'a-t-elle pas reçu ce courrier une bonne semaine avant ? Que penser ! On pourrait croire que ces deux messages avaient été envoyés en pleine panique et notamment celui de ma nièce qui, à l'image de ma sœur n'était pas daté. Je ne crois plus aux coïncidences. « Le monde est rempli de faux témoin. » Louis Aragon.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

CHAPITRE 57

CHAPITRE 54

chapitre 1