CHAPITRE 5
CHAPITRE V.
30 – 50 ans plus tôt.
Un parent est comme un dieu aux yeux d'un enfant.
Pendant toute mon enfance, régulièrement, j'entendais ma mère dire de moi « Le petit, longtemps, on a cru qu'il était handicapé. Il a parlé bien plus tard que sa sœur ou son frère. Et pareil pour la marche. » A l'écouter « je revenais de loin. » Mais qui a envie de découvrir un monde où l'enfant ne se sent pas bien ? Pourquoi s'exprimer ? On ne parle pas, certes, mais on comprend quand même, loin des mots. Pourquoi Marcher ? On me considérait comme un meuble. On me mettait là. J'étais là. Et puis un meuble ça ne parle pas, non ? CQFD.
J'ai toujours pensé que je n'étais pas désiré, enfin pas de la bonne manière. Nous n'étions rien d'autres que des allocs, leur seul moyen de survie. Un second revenu était présent, c'était la pension d'invalidité du père. Invalidité ?!!? Et encore des allocs !
Un revenu des plus faibles, impossible de vivre là dessus ni à un, ni à deux et encore moins à cinq.
Nous étions une famille réfugiée dans le monde des allocs. Ici personne n'a jamais vu quelqu'un travailler, être obligé de se lever. Les allocs étaient un but et insulter ses gamins un devoir.
J'ai toujours pensé que les premiers mois, à l'intérieur du ventre de ma mère étaient très importants.
Je m'imaginais, hélas, comme une charge à porter. Je ne pense pas qu'il n'y ait eu aucun amour, aucune caresse bienveillante le long de son ventre, aucun dialogue. Ma sœur et mon frère partageaient déjà cet enfer. J'étais le petit dernier et rien ne pouvait changer à cette histoire.
A l'image de nombreux enfants je n'ai que peu de souvenirs des trois premières années pourtant je compris très vite qu'il fallait sourire ou faire semblant.
« Souriez, faites vos jeux car depuis toujours rien ne va plus. »
« Les ennuis, c'est comme le papier hygiénique, on en tire un, il en vient dix. » Woody Allen.
Dès l'école maternelle j'ai bien vu que chez-nous ce n'était pas comme chez les autres.
Des interdits en veux-tu en voilà. Des insultes en veux-tu en voilà.
J'en ai eu confirmation j'avais peut-être trois-quatre ans. Déjà, j'étais seul avec ce père et cette mère.
On m'avait habillé pour l'occasion d'une veste et d'un short, plutôt long, assorti. D'une paire de chaussures presque neuve et d'une casquette. Je suppose que nous nous rendions dans un parc, sûrement pour y faire des photos. Mon père adorait faire des photos.
Ça coûte cher de faire des photos, non ? Sans oublier les albums pour les ranger.
Outre les parcs il appréciait également les églises, c'était son dada. Alors une église à côté d'un parc, tout était réuni pour faire un cliché. Parfois, on posait devant et au final devant l'église on devinait une forme qui devait faire penser à des humains, de très loin. Mais nous n'en sommes pas encore là.
Pour l'heure nous marchons quand notre chemin croise un pont.
Henri Bergson expliquait « La conscience est un trait d'union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l'avenir ». Là, le pont n'a pas eu la même finalité...
Ce passage de pont allait m'apprendre beaucoup de choses. J'étais habillé des pieds à la tête. La casquette bien visée sur ma tête, les lacets bien faits. Je ne devais rien toucher à mon déguisement et ça je le savais et ça je le faisais. Je connaissais cet interdit et je m'y pliais, j'allais dire, presque naturellement. Je tenais la main de ma mère. Oui, je tenais sa main dans la mienne ou le contraire.
C'était le seul moment où je me sentais proche d'elle, physiquement j'entends. Chez nous on ne se touchait pas, on ne s'embrassait jamais. Alors là, oui, j'en prenais pleinement plaisir.
Je ne sais plus si de l'autre côté mon père me tenait pas la main ou s'il avait pris un ou deux mètres d'avance sur ce convoi. Et là, le drame !
Le vent s'est levé. Ma casquette s'est envolée et est retombée en contre bas.
Face à nous un dénivelé d'au moins trois-quatre mètres, ça paraît sans fin quand on est un enfant, avec une seule solution pour rejoindre la terre ferme, un muret d'environ six-sept mètres sur une largeur d'une trentaine de centimètres, incliné à 45 degrés. J'ai cru que la casquette était perdue.
Mes parents ont crié. Moi je n'ai rien dit, terrorisé.
Puis mon père a franchi la barrière et est descendu la récupérer. A mes yeux il me paraissait tel un héros. Pourtant je n'ai pu m'empêcher de penser « Pour quelqu'un qui est censé avoir le dos en compote... » Oui je l'ai vraiment pensé. Je n'ai pas oublié.
Après on m'a insulté, presque la routine, j'ai oublié le reste.
A l'époque Yasmina Khadra n'avait pas encore écrit ses mots que je fais miens « Il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l'on t'a confisqué ».
Dès l'école maternelle, les professeurs nous demandaient « Et tes parents ils font quoi ? ».
A cela ma mère m'avait dit de répondre « Mon père est invalide et ma mère s'occupe de la maison, de nous, de tout en somme ».
Déjà, à la petite école, je savais qu'il y avait un hic dans l'histoire mais je ne crois pas que je parlais de honte. Je ne suis sûr de rien mais pour le hic c'était flagrant.
Flagrant délit, flagrant défi ou flagrant déni. C'est à Mère Thérésa que je pense « La vie est un défi à relever, un bonheur à mériter, une aventure à tenter ».
« Il importe peu de descendre du singe
l'essentiel est de ne pas y remonter. » R Wagner
La vraie, la grande honte c'est en classe de CE1 que je l'ai eue.
Comme d'habitude, en début d'année, on nous demandait de prendre un quart de feuille.
Dessus on notait son nom, prénom, âge, profession des parents...
Le lendemain le professeur m'a demandé de rester après la sortie des cours, j'ai regardé les autres partir. Je me souviens de ce dialogue comme si c'était hier alors que près de cinquante ans nous séparent. Il est des histoires, des dialogues qui marquent.
« Ton père est invalide ? Il est cloué dans un lit ? Cela doit être difficile pour ta mère ?
-Non, il a un problème de dos mais il peut se lever ». Ai-je rajouté marcher ?
Il m'a semblé changer d'attitude.
« Et ta maman elle travaille ? df F (t+h) - f(t)
-Non, elle est à la maison. Par N : --- = lim = __________
-Ah bon. Et elle fait quoi ? dt h->0 h
-Ben, elle fait à manger, le ménage, les courses... ».
Alors la sanction est tombée. Il a pris mes mains dans ses grandes mains « Tu vois certains savent déjà qu'ils seront instituteurs comme leur père, d'autres policiers, d'autres... Pour toi ça va être très dur. Il faut vraiment que tu travailles beaucoup à l'école ».
J'ai dit « oui ». Je n'ai pas dit ce que je vivais au quotidien.
C'est à cette même période que mon père m'a annoncé, pour la première fois mais pas la dernière, une décision qui semblait mûrement réfléchie. « De toute façon, toi à dix sept ans, je t'émancipe ».
Je me souviens avoir demandé à ma mère, qui était dans la cuisine, en train de lire un magazine, presque affolé « Ça veut dire quoi émanciper ? ». J'avais à peine sept ans.
Elle m'a répondu que nous n'en étions pas encore là. Je crois qu'elle a ri. Fin de la discussion.
Régulièrement, ce père me rappelait cette émancipation à dix-sept ans. D'abord, une fois l'an, puis deux et à mesure que la date arrivait les mois s'enchaînaient. Je connaissais mon avenir. Mais à mon âge, on n'en comprend pas bien la sanction. Je pense que pour ma sœur ceci a dû être pareil.
Sans doute la raison de son départ le jour de ses dix-huit ans. Famille de fous !
Ils devaient nous aider, nous guider, mais au final c'est nous qui en avons payé le prix, le plus fort.
Pythagore devaient leurs être totalement inconnu sinon ils se seraient souvenus qu' « Un homme n'est jamais si grand que lorsqu'il est à genoux pour aider un enfant ».
Je n'ai que peu de souvenir de mon frère mais dans ma galerie des glaces – aux miroirs déformants -
j'ai une image, une situation que nous n'aurions pas dû vivre. C'était un des rares moments où nous étions tous les cinq ensemble.C'était avant son départ pour l'institut. Mon frère avait été opéré des amygdales sans anesthésie. Mes parents semblaient en être très fiers.
Lui était choqué, et il y avait de quoi, non ? Je me suis souvent demandé si « ces parents » avaient bien fait leur boulot de parents. Souvent, je voulais me renseigner sur ce style d'opération et si par souci d'économie « ces gens là » avaient opté pour la plus mauvaise des solutions.
Mais comme toujours je ne l'ai pas fait. Peur. Peur d'apprendre sûrement.
Et puis il n'y avait pas internet. On n'avait même pas des livres ou des revues pour trouver une quelconque information. Et puis quand je passais devant une bibliothèque, municipale ou pas, j'étais persuadé que c'était payant. Au moins l'inscription. Alors, bien sûr je passais mon chemin.
Je l'ai appris que bien..bien plus tard. Idem pour le Conservatoire, j'aurais adoré mais...Là c'était payant et puis il aurait fallu acheter un instrument donc...
A cette date les conducteurs d'automobile n'étaient pas nombreux et pour nous la question ne se posait même pas. C'était une autre époque. Ni mieux ni moins bien. Seulement différente.
Les cuisinières fonctionnaient surtout avec des bouteilles de gaz et des commerçants vendaient et venaient livrer à la maison. Ce commerçant venait une fois par an et c'était récurent. Toujours avec sa blouse blanche et stylos dans la poche. On aurait dit un instituteur, à l'époque la blouse était à la mode...Ou un médecin. On frappait à la porte. L'homme en blanc apparaissait. Mon frère hurlait et se réfugiait dans la pièce le plus loin de la cuisine. Je crois qu'il se cachait derrière un lit. Entre le lit et l'armoire de la chambre des parents.
L'homme riait, mon père riait, ma mère riait. Mais où était le comique de situation ?
Je n'avais pas sept ans, l'âge de raison dit-on mais était-ce bien raisonnable ?
Non. Et ça j'en suis sûr. Dans la réalité, et en pensant à Alain, je devais, hélas, être plus jeune.
Aujourd'hui encore je leur en veux. Et Alain ?
« Les graines semées dans l'enfance
développent de profondes racines. » Stephen King.
Je me souviens de vacances scolaires où mes parents me trouvaient trop infernal, trop dissipé alors pour avoir la paix, sur le coup des neuf heures du matin, ils me versaient une ampoule dans un verre. C'était radical. Je sombrais à nouveau dans les bras de Morphée.
Je luttais mais je ne pouvais rien faire. Alors, à bout de tout, je m'endormais à côté du lit.
Il eut été inconcevable de défaire un lit que ma mère venait juste de refaire. Le lit c'est pour la nuit !
Je dormais à même le sol, à côté du lit. Ça calme et ça marque.
On peut dire que je vivais à travers mes rêves et heureusement ils étaient nombreux.
J'imaginais, non je voyais très bien un arbre, plus précisément un oranger. Serait pu être n'importe quoi d'autres quand j'y pense : Un pommier, un abricotier et pourquoi pas un cerisier mais dans ce rêve, devenu avec le temps récurent, mon exemple était un oranger. Ce dernier trônait au milieu d'une nature assez mal définie. En fait on voyait surtout, et en très gros plan cet arbre qui envahissait ce tout. En ces temps j'étais persuadé que notre univers représentait seulement une orange et dans cet arbre il y avait des centaines d'oranges donc...J'étais persuadé également que nous venions de la planète Mars. Bien sûr que lorsque l'on en parlait dans les médias, et notamment pendant la diffusion des informations, on rappelait que cette dernière était totalement invivable mais dans le passé, certes très lointain, là on l'on compte en millions d'années voire plus, qui pouvaient affirmer le contraire ? Aujourd'hui, on semble même étonné de trouver de l'eau, sous forme de glace, sur Mars. Pas moi. Et puis il y avait d'autres avantages à ma théorie. Ceci expliquait tout ce qui nous échappait, tous ces secrets que le temps avait emportés avec lui comme des calculs très précis de certaines civilisations ou les mystères de l'île de Pâques et pourquoi pas ceux de Stonehenge...Oui, des rêves j'en avais plein ! Le reste de la journée, je le passais entre deux eaux et je dormais à nouveau. Pourquoi faire ça à des enfants ? Le médecin était -il de connivence ?
Pendant ce temps ils fumaient à qui mieux-mieux, achetaient la presse quotidienne et des magazines, s'achetaient d'un côté des costumes, chapeaux, collections de timbres, de pièces et billets, et de l'autre des robes, des manteaux... Ils se rendaient régulièrement chez le coiffeur.
Pour nous, rien de tout ça. Ma mère buvait du Coca-Cola et nous de l'eau du robinet. Mais elle avait une très bonne raison, c'est son médecin qui le lui aurait conseillé. Ce n'est pas une bonne raison ça ? Bien sûr il était INTERDIT de s'approcher de la bouteille, encore moins d'y goûter.
Plus de quinze ans plus tard, c'est un autre médecin qui lui aurait conseillé d'arrêter. Entre temps, le premier médecin était mort. Abus ? Non pas de caféine mais de tabac. « Trop de caféine. Attention à la tension » Alors le Coca a été remplacé par des eaux pétillantes et aromatisées.
C'était logique, enfin pour elle. Le père, lui aussi, n'avait droit qu'à l'eau du robinet.
Nous n'étions abonnés à rien. Je regardais les autres avec envie . Nous portions des habits d'un autre temps. Je récupérais les habits d' Alain que lui même avait récupérés dieu sait où. Peut-être de notre cousin Guy ? Sûrement ! Mon frère savait qu'autrefois ils étaient à lui, moi pas.
Je me souviens, alors que la mode était aux cheveux longs, avoir dit « Je voudrais avoir les cheveux longs » et ma mère de rétorquer « Super, plus besoin de coiffeur ! ». Et ce fut le cas.
Pendant près de dix ans je n'ai croisé aucun coiffeur. Ma mère me les coupait quand ma mèche devenait ingérable. J'avais les cheveux sales mais longs.
Un professeur avait pris l'habitude quand je montais au tableau, je devais avoir une dizaine d'années, de mettre ce qui me servait de mèche devant les yeux. Ça descendait au niveau de la bouche voire plus. Encore un moment de honte, un de plus.
« Une mère nous accepte comme on est, une mère toxique nous reproche qui on est. »
Nous enchaînions les journées, toutes les mêmes. Sans saveur. Sans surprise...
A l'horizon rien de nouveau.
Ma sœur rentrait de son institut chaque fin de semaine. Mon frère pendant les vacances de Noël et les grandes vacances. J'étais plutôt seul entre ces quatre murs.
Avec ma sœur nous avions cinq ans d'écart.
C'est énorme quand on est un enfant. Difficile d'avoir un dialogue et je le comprenais bien. A cela un internat obligatoire alors que nous habitions la même ville ( sic ). De toute manière quand elle arrivait à la maison c'était à nouveau l'enfer dès son entrée. En effet, sa première tâche était de faire le linge de tout le monde. Par ici les slips, les mouchoirs, les chaussettes, et quelques habits portés par moi-même. La plupart des habits des parents prenaient la direction du pressing.
Ça coûte cher le pressing, non ?
Juste avant son arrivé, la mère mettait l'eau dans ce que l'on nomme une douche sabot, avec le tas de linge. Je revois l'eau stagnante déjà sale. Je revois aussi ma sœur en train de nettoyer tout ça et mon père qui se mouche devant elle, alors qu'elle était là à genoux, en train de frotter et jeter ce même mouchoir plein de morve dans l'eau de cette douche sabot.
Alors rapidement ma sœur, pour échapper à cette corvée, a trouvé un emploi de serveuse dans un village. Un emploi déclaré ? Je ne sais même pas si un jour elle fut vraiment payée mais malgré des conditions difficiles, le boulot de serveuse, de plonge sûrement, c'était le Pérou par rapport à cette maison de fous. Tout plutôt que ça et je lui donnais entièrement raison.
De toute façon elle n'avait pas le droit de sortir. Les sorties entre amies étaient interdites, pour les amis inutile d'y penser, encore moins pour un quelconque petit ami. Elle devait s'occuper de son petit frère. M'en veux t-elle encore aujourd'hui ? J'espère que non.
Je ne suis pas responsable de ce fait. J'entends au loin tel un vieux slogan politique « T'as qu'a leur dire que tu es responsable mais pas coupable ».
Parfois, une fois l'an, on nous donnait l'autorisation d'aller à la vogue. Nous écoutions la musique crachée par les haut-parleurs, regardions les auto-tamponneuses, ceux qui essayent d'obtenir un objet, poupée, montre...Et j'en passe grâce à une pince manipulée de l'extérieur. Mais nous n'avions jamais d'argent. Comme toujours. Alors on regardait de l'extérieur, à l'intérieur nous n'étions même pas malheureux. Enfin, si, un peu...Beaucoup !
On connaissait tous le tube de Michel Jonas sur les vacances au bord de la mer « Alors on regardait les bateaux. On suçait des glace à l'eau... et c'était quand même beau ». C'était beau, c'est vrai mais ce n'était pas les vacances et à l'horizon pas de glace, même à l'eau.
Quand je pense aux glaces j'y associe aussitôt le marchand, l'été venu. Avec sa petite camionnette réfrigérée il passait, tous les jours à la même heure, entre les bâtiments de notre cité. Les enfants courraient dans leurs maisons pour récupérer l'argent, des mamans en profitaient pour prendre l'air, nous – enfin moi surtout – j'attendais que tout le monde ait fini pour redevenir comme les autres.
J'en ai vu passer des camionnettes et des camionnettes, je ne me suis pas vu y accéder
Comme je ne me suis pas vu accéder au petit train du parc municipal. J'ai regardé, pendant des heures, des jours, des années ce petit train exécuter son petit parcours. Là, seul, sur un banc.
J'en ai rêvé des départs...J'embarquais dans mes voyages extraordinaires un certain Jules Vallès, un autre écorché qui m'avouait « D'autres ont des oranges et des gâteaux que leurs mères leur portent, comme s'ils étaient encore tout petits. Moi je suis tout petit, et je n'ai jamais ni gâteaux, ni oranges »
La seule fois où l'on nous donnait de l'argent c'était pour nous rendre à la messe du dimanche.
Cinq centimes par enfant. On ne pouvait rien acheter avec cinq centimes. On déposait notre maigre pécule dans une corbeille et au moins les parents avaient la paix pour toute la mâtinée.
A midi le repas – toujours le même – et l'après midi une heure trente de trajet pour rejoindre les grands parents, deux heures sur place à s'ennuyer autour d'une table à lire le seule magazine disponible, à savoir « Le Pèlerin » et une heure trente pour le retour. C'était immuable.
Trois heures de marche, c'est long. Puis un jour nous n'y sommes plus jamais allés.
C'était peu de temps après le décès du grand-père. Assez rapidement, si ma mémoire est fidèle, grand-mère a laissé son appartement pour rejoindre la « Petite maison des pauvres ».
Un déménagement un peu forcé...J'en ai parlé, bien plus tard, avec elle alors que tout le monde l'avait oubliée dans ce mouroir.
« Les souvenirs sont des adieux prolongés sur le quai de la vie. »
Touria Uakkas.
Je nous revois le matin. Nous déjeunions, chocolat à l'eau et gâteaux secs, à tour de rôle.
Le soir nous dînions avec nos éternels sandwichs. On se retrouvait devant nos deux portions. L'une au pâté et l'autre avec du fromage ou une vache qui rit, et en final un fruit, souvent une pomme...
Là encore, à tour de rôle, A la queue leu leu...Aucun partage, aucune vie en commun.
Je revois comme si c'était hier les soirées télé avant d'aller se coucher. Avec Alain, quand il était là bien sûr, on s'en sortait plutôt bien. Pour Joëlle, à l'extrême gauche, l'écran avait une visibilité des plus réduites. Sur le canapé, la mère, le père et au milieu la place du chien. C'était Myrza.
Sur les chaises ou les tabourets en formica, les gamins. Bien rangés, à leurs places.
On n'avait pas le droit de changer la position de ladite chaise. Bien sûr personne n'avait le droit de choisir le programme télé. De toute manière le programme télé faisait parti du journal et le journal on n'y avait pas droit. CQFD
Une fois, et cela m'a marqué, ma sœur toujours très amoureuse d'un chanteur a demandé, bien à l'avance, de voir une émission. Ça débutait à vingt heures trente. Le père a commencé à se plaindre qu'il avait mal, là ou là, on ne sait plus très bien.
Plus l'heure avançait et plus il avait mal. Il est parti se coucher.
L'émission n'allait pas tarder à commencer quand le père a ouvert la porte de sa chambre avec fracas « Vous me faites chier. Je suis malade et ici on s'amuse. Allez, ouste, tous au lit ». , ,,
Il a éteint la télé. On a tous pris la direction des lits. Sans commentaire. F---> F ---> F
« Ici on s'amuse » mais c'est du grand n'importe quoi.
Qui a déjà vu sourire un enfant entre ces quatre murs? Chez nous, il n'y avait jamais un bruit.
Chez nous, il n'y avait pas de rire. Chez nous, on attendait en silence. Et à sa place !
« Éducation : Ce qui manque à
l'ignorant pour reconnaître qu'il ne
sait rien. » Albert Brie
J'avais un rêve ! Un rêve tout bête, certes mais impossible.
Ce rêve se résumait en un mot, un bureau. Un bureau pour étudier. Rien de luxueux...
Mais c'était impossible car pour avoir un bureau il faut déjà avoir une chambre et là où était le lit, que j'ai partagé un temps avec mon frère, on ne pouvait pas parler de chambre. Plutôt de débarras.
Rien de personnel. Par exemple pas de porte mais un rideau pour marquer la séparation.
J'allais parfois voir mes petits camarades, eux avaient une vraie chambre. Avec une porte et des meubles assortis. Une chambre d'enfant, quoi ! Comme je les enviais......Mais bien sûr je ne disais rien. Certaines chambres débordaient d'amour... Comme c'était beau à voir. Un bureau, une commode, un électrophone, des disques, des livres, des BD...
J'avais honte, encore et toujours cette foutue honte mais je n'accusais personne.
C'était la vie, c'était ma vie.
Cette honte qui allait devenir mon quotidien, qui l'était depuis si longtemps en réalité.
Quand on nous demandait d'apporter des choses de la maison, moi j'arrivais toujours avec rien.
Pendant l'école primaire on nous avait demandé de venir avec des petits suisses, vides, seulement lavés, pour fabriquer un lustre. J'ai demandé plusieurs fois mais comme toujours je n'ai rien eu.
Une chanson raconte cela mieux que moi. Serge Lama, extrait des « ballons rouges », chantait déjà « Je n'ai pas eu de ballon rouge, quand j'étais gosse dans mon quartier. Dans ces provinces où rien ne bouge, tous mes ballons étaient crevés. Je n'ai pas eu de vrai vacances, seul, face à face avec la mer...Les fées n'étaient pas du voyage, quand j'étais gosse dans mon quartier. Je n'ai rien demandé, je n'ai rien eu. J'ai rien donné, j'ai rien reçu. » n + 4
« Ici, on n'achète pas de petits suisses, école ou pas ! ». a = ----------- ( 0, 3, 6 ...)
Je crois, sauf erreur, que j'ai été le seul...Tout coûtait trop cher. 10
On était censé travailler en binôme mais comme je n'avais rien apporté je ne peux pas dire que je me sois bien impliqué. J'avais honte aussi. Quand le lustre fut terminé le professeur tirait au sort pour savoir qui le rapporterait chez lui. J'ai observé les autres. Le premier à choisir demandait toujours le côté face. J'ai eu de la chance. C'est à moi que le professeur à demander de choisir. J'ai choisi pile. Le garçon a emporté le lustre chez lui.
J'ai souvenir, au collège, de quémander une perforeuse, on devait faire des trous pour les classeurs, pendant toute ma scolarité. On dépassait la honte, on l'explosait.,
Et pourtant le prix d'une perforeuse était dérisoire, c'était ainsi.
Bien sûr que les allocs étaient faites pour ça mais même quand on recevait celle de la rentrée des classes plus des trois-quarts partaient pour les frais divers, les faux frais et le plaisir personnel des parents. Enfin je dis les trois-quarts mais c'est faux, on n'en voyait tout bonnement pas la couleur.
Sauf une fois, en CM1, j'ai reçu une tenue de sport, un survêtement acheté spécialement pour moi.
Je m'en souviens car j'avais posé pour la photo de classe et la photo c'était le seul moment où on ressemblait aux autres, on l'achetait.
« Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube
une promesse qu'elle ne tient jamais. » Romain Gary.
Autrefois, la mère devait aller chercher le chèque de la rentrée des classes à l'établissement mais ça elle ne l'a jamais fait. C'est moi qui allais le récupérer. Elle disait qu'elle n'avait pas le temps.
De toute manière elle ne se rendait jamais à l'école que ce soit pour les sorties – c'est Joëlle qui venait me chercher à la maternelle – ou les convocations de fin de trimestre ou d'année.
La famille n'a jamais été présente quel que fut le style d'établissement, de la maternelle au lycée.
Leur seul implication dans ma scolarité se résumait à signer la couverture du cahier de correspondance et de signer quand on le leur demandait.
Je m'excusais au fil des classes « Ma mère ne peut pas ». Et comme le père se voulait invalide...
Alors de guerre lasse, on me donnait le fameux chèque tant désiré.
Je n'avais qu'une seule passion : Le Foot.
J'aurais adoré, mais hélas ceci ne fut pas possible, collectionner les vignettes Panini et dans la cour de récréation pouvoir les échanger. Être abonné à « Onze » ou à « Mondial » et pourquoi pas certaines bandes dessinées voire des revues scientifiques comme « Science et vie » Bien sûr je ne parle pas des « Car en sac et Minto, caramel à un franc et les mistrals gagnants » Inconnus !
Mais bon, pour moi c'était foot avec rien autour...Si un ballon. Au moins cela ne coûte pas cher et encore j'ai attendu un temps infini pour recevoir un ballon pour Noël.
Avant je devais attendre qu'un copain vienne avec son propre ballon.
« Les rêves sont les
racines de nos actes. »
Je ne parlais et ne pensais que foot.
Je jouais à la récréation, le soir après les cours, les week-end. Bref tout le temps, seule la pluie ou la neige pouvait m'en empêcher. Et encore, je jouais sous le préau d'un gymnase.
Je répétais, sans cesse, des situations pensables et même impensables, seul ou pas.
Quand on jouait dans le quartier on m'appelait « le gaucher ». J'étais respecté. On savait que dans l'équipe où j'étais on gagnait. On jouait sur un petit terrain et parfois des adultes voire des anciens s'arrêtaient. Je me disais qu'ils avaient dû repérer mon aisance avec le ballon, mes dribbles...
Certains restaient longtemps, alors je rêvais...Peut-être un dirigeant de club ?
Mais ce n'était qu'un rêve !
Mes petits camarades, qui jouaient version détente, étaient tout fiers de me dire « Je rejoins l'équipe du quartier » ou encore mieux « Je rejoins le club de la ville ». J'enrageais, moi je n'en avais pas le droit, mes parents n'avaient pas l'argent.
C'était ainsi, c'était normal. Enfin, ça ne devait pas l'être, mais dans cette famille, ça l'était.
A ce moment, je n'avais pas compris que la priorité c'était les parents, rien que les parents !
J'ai peur de ne l'avoir, hélas, jamais compris... ou trop tard, bien trop tard.
Dans son ouvrage « L'esprit de solitude » Jacqueline Kelen précise « Par peur ou timidité, par repli ou résignation, ou encore par paresse et inertie, un individu peut se retrouver seul. Il se plaint de cette situation mais tout compte fait cet état s'avère tranquille, confortable...Ces personnes de tout âge qui se disent isolées, délaissées, font le vide autour d'elles par leurs geignements perpétuels, par leur agressivité ou leurs frustrations. C'est leur égocentrisme aigu qui est en cause, non l'indifférence des autres. » On aurait dit un portait robot des parents, cela y ressemble, non ?
En attendant je voyais ce monde tel un figurant.
Un figurant sans dialogue, sans intérêt et sans but, et qui regarde le monde bouger.
Non, c'est faux ! Je n'étais même pas ce figurant.
Je n'étais que spectateur... Un spectateur enfant qui aurait plus besoin de modèles que de critiques...
Et puis non. Pas de figuration, le spectateur s'efface. Il ne reste qu'un objet. Un objet sans vie.
Je partais pour la plus belle des batailles perdues par avance, la vie.
Je m'alignais sur la ligne de départ...J'avais oublié que c'était une course d'obstacle !
m1 m2
Par N : F = G -------------
d2
« La vie est comme une danse.
On entre en scène,
on apprend les pas,
on se laisse porter,
on compte les pas,
et on tire sa révérence. »
Virginie Grimaldi.
REVUE DE PRESSE ( Suite et fin ) --- REVUE DE PRESSE ( Suite et fin ) --- REVUE DE PRESSE
J’ai fait une rêve…
Extrait des Maisons des Maternelles :
« Pour la plupart des gens, stopper tout contact avec ses parents est inimaginable. Ces personnes qui vous ont nourris, logés, vêtus, qui sont venus à vos spectacle de musique, ont fait du bénévolat dans votre école et vous ont encouragés dans les tribunes pendant vos matchs de foot tous les vendredi soir, ne méritent pas d’être ainsi abandonnés alors qu’ils vieillissent... »
Oui, c’était un rêve !
La vie c’est comme une boîte de chocolats, faut pas laisser les autres te la bouffer
Sans communication, il n’y a pas de relation ; sans respect, il n’ a pas d’amour ;
sans confiance, il n’y a aucune raison de continuer.
Pour le site « Happy . Life. Coaching.ch » il existe quatre types de famille toxiques.
Tout d’abord la violence physique, la violence psychologique puis ce qu’ils nomment un terrain aride et enfin l’autoritarisme.
Gros plan sur le terrain aride : Les parents du type « Aride » sont caractérisés par un manque affectif, l’absence d’attention, l’indifférence vis-à-vis des succès ou des peines de l’enfant, de ce qu’il vit. L’enfant est laissé à lui-même… Personne n’est là pour accueillir ces émotions. Il ne reçoit pas ou peu de compréhension, d’empathie, d’encouragement, de reconnaissance, de réconfort.
Il n’est pas rassuré quand il a peur. Il ne reçoit pas de tendresse non plus.
Gros plan sur ces mères que l’on qualifie de toxiques :
Pour Jessica de femmedinfluence. fr « C’est une maman qui va projeter sur son enfant tous ses manques et toutes ses frustrations. Ce dernier deviendra un déversoir d’angoisse, de peur et de haine sans aucune raison légitime. Elle va systématiquement le culpabiliser, le dominer, le manipuler. »
Pour Sandrine Fernandes de bienetre-et-santé « Une mère toxique vit dans la peur que son enfant lui échappe. Souffrant d’un manque d’assurance, elle se rassure en asseyant sa domination sur sa progéniture … Elle use pour cela de ses talents de manipulatrice. »
« Une mère qui empoisonne ainsi la vie de son enfant est forcément une mère qui souffre. Le plus souvent, elle reproduit un schéma vécu durant sa propre enfance. » Ariane Langlois – Doctissimo.
Trop possessif = trop toxique !
Retour à la Maison des Maternelles : « Après toutes ces années, le parent abusif ( quel que soit l’abus, l’abus émotionnel est le plus répandu ) connaît parfaitement les tactiques pour que son enfant fasse ce qu’il veut, et cette attitude va continuer jusqu’au décès du parent, à moins que quelqu’un – généralement l’enfant lui-même – y mette fin. »
Parfois mettre de la distance ne suffit pas, il faut couper les ponts. Quelqu’un qui coupe les ponts avec ses parents a été poussé à bout. Il a essayé de vous faire comprendre… VOUS n’avez pas su écouter, ou VOUS avez choisi de les ignorer.
« Un jour, tu raconteras comment tu as surmonté ce que tu as traversé,
et ce sera le guide de survie de quelqu’un d’autre. » Brené Brown.
AVEC UNE ENTOURAGE SAIN, ON GUÉRIT !!!
REVUE DE PRESSE ( FIN ).
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