CHAPITRE 13
CHAPITRE XIII
Parce que c'était moi...
Où le narrateur se souvient.
« Le Je que nous sommes,
le Nous que je suis. » Hegel
Enfant, je n'ai pas oublié mes premiers pas sur une scène.
C'était en colonie, j'étais si jeune, chez les petits. On m'avait trouvé un joli brin de voix alors on m'avait fait pousser la chansonnette pendant le spectacle de fin. Il est des images qui marquent.
J'étais seul sur scène. Je chantais et pourtant je cherchais des yeux ceux de ma mère. Sigmund était là, seul, à mes côtés « Nous ne sommes jamais aussi mal protégés contre la souffrance que lorsque nous aimons » J'ai cherché sans jamais trouver. J'ai fait toute l'assistance mais elle n'était pas là.
Elle m'a dit, après, qu'elle n'avait pas voulu me déstabiliser pourtant malgré mon jeune âge je lui en ai voulu. C'est pour elle que je chantais en réalité. Et puis c'était tellement rare qu'elle vienne.
Enfant, je n'ai pas oublié mes longues attentes, toujours attendre alors que je souhaitais seulement lui montrer que je connaissais ma récitation. Cela la dérangeait toujours, alors ça aussi, je l'ai arrêté.
Enfant, je n'ai pas oublié avoir volé deux francs dans le porte monnaie de ma mère pour lui offrir un disque de Julien Clerc acheté dans un magasin d'occasion. Nous restons pour toujours des enfants.
Pourtant la chose ne fut pas aisée. Car hormis rester figé sur notre chaise attitrée nous n'avions le droit de ne rien faire. Interdit d'ouvrir un quelconque tiroir, le frigo...Même pour boire un verre d'eau du robinet il fallait attendre la mère. Elle se devait d'être là, pour surveiller aussi.
Enfant, je n'ai pas oublié des samedis après midi de solitude. C'était l'époque de « La Une est à vous ». Les gens votaient pour faire leur programme entre plein de séries toutes plus belles les unes que les autres. Les enfants du quartier restaient scotchés devant la télévision, pas chez-nous.
C'était interdit ! Je devais m'incruster chez des petits camarades, parfois des voisins ou rester seul.
C'était ainsi, c'était la loi, notre loi à nous. « Au nom de la loi » comme aurait pu le dire Steeve.
Le samedi, le dimanche pas de télévision, seulement le soir et encore quand la télévision n'était pas en panne. Une fois la panne a duré plusieurs mois, pas de sou pour le réparateur, c'est très, très long quand on est enfant. Mais quand la télé fonctionnait, toutes les après-midis, la mère regardait ses feuilletons. Je lui en voulais quand elle me disait, alors que j'allais à l'école élémentaire « Je vais regarder les Incorruptibles ou Columbo ».
Plus tard, je n'ai pas oublié ma séparation avec Muriel. Elle avait voulu me mettre en garde contre une mère possessive et qui était responsable, d'après ses dires « à cinquante pour cent de son départ ».Je n'ai pas voulu l'écouter, alors qu'elle me respectait Elle m'a seulement parlé d'une seule chose : La fois où elle se lavait et que la mère à ouvert la porte de l'appartement. De ce choc, de cette intimité volée... Aujourd'hui je le regrette encore...
Plus tard, je n'ai pas oublié alors que mon appartement était vide de chez vide et qu'ils changeaient de télévision pour une option couleur n'avoir jamais pensé à me donner celle en noir et blanc.
Elle est morte de sa belle morte. Sur une table, dans la chambre débarras que j'ai occupé un temps avec mon frère notamment. Au bout de deux ou trois ans l'image n'est jamais réapparue.
Plus tard, je n'ai pas oublié les cloques, les gerçures que mon frère avait pris sur les mains.
On pensait, enfin la mère surtout, que cela venait du travail à l'extérieur sous tous les temps.
Quand j'ai remplacé mon frère ce n'est pas aux mains mais aux pieds que j'ai eu de l'eczéma.
Aujourd'hui, je n'ai pas oublié les mensonges au sujet de ma sœur, de ses maris ou de ses gamins.
Aujourd'hui, je n'ai pas oublié tous ses efforts afin que je n'assiste pas au mariage d'Angélique ou le voyage familial, à Nice, chez mon cousin Guy.
Deux exemples perdus parmi tant d'autres...Mais ces deux là, je ne peux pas les oublier.
Aujourd'hui, je n'ai pas oublié alors que j'avais fait une demande pour obtenir de la sécurité sociale un changement de déambulateur, lui avoir demandé de récupérer l'ancien et en réponse un énorme « Non ».On est mauvais juge avec sa famille, surtout une mère... Ou pas ! Léon Tolstoï racontait
« Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l'est à sa façon »
« Il faut garder quelques sourires pour se moquer des jours sans joie. »
Charles Trenet.
RECITATIONS
A l'école, élémentaire notamment, on apprenait des récitations...
… aujourd'hui ne me reste, bien souvent, que quelques vers.
« Marquise, si mon visage / A quelques traits un peu vieux / Souvenez-vous qu'à mon âge / Vous ne voudrez guère mieux...On m'a vu ce que vous êtes / Vous serez ce que je suis. »
Pierre Corneille 1606 – 1684.
« Oh ! Combien de marins, combien de capitaines / Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines / Dans ce morne horizon se sont évanouis ! »
Victor Hugo 1802 – 1885.
« Demain dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne / Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends / J'irai par la forêt, j'irai par la montagne / Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. »
Victor Hugo
« Quand nous chanterons le temps des cerises / Et gai rossignol et merle moqueur / Seront tous en fête... Mais il est bien court, le temps des cerises / Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant / Des pendants d'oreilles ! »
J B Clément 1836 – 1903.
« Les sanglots longs / Des violons / De l'automne / Blessent mon cœur d'une longueur / monotone »
Paul Verlaine 1844 – 1896.
« Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches / Et puis voici mon cœur, qui ne bat que pour vous. »
Paul Verlaine
« C'est un trou de verdure où chante une rivière / Accrochant follement aux herbes des haillons / D'argent où le soleil, de la montagne fière / Luit, c'est un petit val qui mousse de rayons. »
Arthur Rimbaud 1854 – 1891.
« Sur mes papiers d'écoliers / Sur mon pupitre et les arbres / Sur le sable sur la neige / J'écris ton nom. »
Paul Eluard 1895 – 1952.
« Rappelle-toi Barbara / Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour là / Et tu marchais souriante / Épanouie ravie ruisselante / Sous la pluie / Rappelle-toi Barbara. Il pleuvait sans cesse sur Brest. »
Jacques Prévert 1900 – 1977.
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