chapitre 3

CHAPITRE 3. Quelques temps avant le Samedi 14 avril. ( C'est l'entracte ) « On naît sans but, on vit sans comprendre et On meurt anéanti. » Ingmar Bergman. A l'horizon... Une histoire de deuil. Novembre disparaissait et avec lui décembre. Comme d'habitude je passais les fêtes de fin d'année seul. J'allais dire, ça j'en avais une solide expérience. Depuis que les enfants de Joëlle avaient eu eux aussi des enfants, on ne se fréquentait presque plus. Ni pour Noël, ni pour les anniversaires... il fallait vraiment un fait marquant : Un mariage, un décès, quelque chose comme ça. Alain, depuis son mariage, avait  « abandonné » la mère. Il faut dire que pendant treize ans il avait assez donné. Janvier, février et mars glissaient vers un certain néant. Pendant ces cinq mois je ne me suis plus rendu à Saint Paul. Ça, c'était une première depuis plus de dix ans. Normalement, même en pleine hiver, j'y travaillais au moins une ou deux fois par semaine. J'ai souvenir de froid, parfois de pluie, de neige, alors que je refaisais de la chaux sur les façades. Les gens devaient penser que j'étais un fou. Et c'était vrai, fou de haine. Mais la haine ne dissimule-t-elle pas toujours son contraire ? « Nous sommes les esclaves modernes... les chaînes ne sont plus à nos pieds mais dans nos têtes. » Outre ces pages d'écriture j'ai bien été obligé de me présenter à certains entretiens d'embauche. C'était une véritable fumisterie. Parfois je tombais sur des gens bienveillants, et donc intelligents, et parfois j'allais au casse pipe. Même avec une certaine diplomatie, si-si cela peut m'arriver, ces gens là m'ont souvent sidéré. Pour un travail payé au SMIC ils exigent des compétences et de la disponibilité que je juge, pour ma part, totalement déplacées. Un exemple, le dernier en date, et sûrement le dernier. Je venais de me présenter devant une dame qui devait être sensiblement de la même génération que la mienne, la cinquantaine, et je fais en quelque sorte un compte rendu à ma conseillère Pôle Emploi. « J'ai voulu voir ce qui se passerait si je disais oui à tout, alors je l'ai fait ». La personne proposait un contrat de vingt six heures mais la réalité se voulait différente. J'ai fait un rapide calcul, nous étions sur un trente-cinq heures déguisé. Les conditions très mauvaises. On devait notamment être présent pour des réunions d'informations en plus du temps demandé. Le pire c'est que ces offres trouvent preneurs: On appelle ceci « l' annualisation », très à la mode, trop. D'autres préfèrent appeler ceci : Un temps lissé. Et oui, il faut de tout pour faire un monde. J'ai demandé, en fin d'entretien, combien de personnes elle avait reçu. J'ai cru que j'allais tomber à la renverse. Quatorze personnes pour un poste de merde où vous êtes pris du lundi au vendredi, de neuf heures à seize heures trente et tout ça pour être rémunéré sur une base de vingt six heures. « Oui mais c'est parce que, dans notre institut, nous calquons nos vacances d'après l'éducation » Ben voyons... Bien sûr on ne compte pas les réunions et autres débordements. Ce n'est pas du foutage de gueule ça ? J'ai conclu face à ma conseillère « J'ai essayé de trouver un mot pour qualifier ce moment et celui ci se présentait sous une forme, à savoir prostitution ». Avril n'allait pas tarder à arriver, je repris le chemin de Saint Paul. « L'homme est un être raisonnable, mais les hommes le sont-ils ? » Raymond Aron. Depuis le mois de novembre et ceci jusqu'à mars il a fait un temps dégueulasse. D'abord de la neige, des températures qui approchaient régulièrement les moins trois, moins cinq, la pluie non stop, un ciel gris, sale, de quoi achever même le pire des optimistes. De toute manière ce que je pense de ces derniers est simple : Un optimiste est un individu en manque d'informations.(1) Pour débuter ce mois d' avril, la première semaine fut très « bof » dans le sens d'un temps très nuageux, très humide mais presque sans pluie pourtant. Les températures approchaient enfin les plus de dix degrés mais, hélas, un vent assez violent persistait et signait. D'autant plus que je me retrouvais à refaire une gouttière à plus de six mètres. Parfois, quand cela soufflait trop, j'arrêtais et reprenais mes joints à la chaux à une hauteur plus respectable. Parfois, entre deux averses, j'arrivais quand même à travailler. La première semaine j'ai fait deux jours entiers, puis trois la deuxième. ( n + 1 ) Après la pluie et le vent reprirent de plus belle. T = n . ----------- . n 2 Je devins le roi de la météo. Je suivais les bulletins à la télévision, en presse écrite, en radio et sur internet. En dix ans on peut compter sur les doigts des deux mains une pluie omniprésente non prévue. La pluie et le vent sont mes pires ennemis. Mais je m'en sortais bien pour cette reprise en quelque sorte. La prochaine fois je prendrai ma plus grande échelle pour continuer la gouttière. Justement, le beau temps devrait revenir. La météo prévoit une semaine, voire plus, de beau temps. Enfin du soleil. Je décide de reprendre le chemin de Saint Paul ce samedi. Vendredi le ciel était presque beau, un peu de vent mais tout a fait dans la limite du raisonnable. Samedi, tout le monde est d'accord, c'est soleil pour tous ! Rendez-vous est pris. ---------------------------------------------------------------- S xy b = ------ 2 S 2x { – -- b = y – b . x 1 2 Théâtre ! « Berceau des plus inusables chimères / où l'illusion s'accouple à la lucidité / pour rendre à nos mensonges / leur part de vérité. La salle lentement / s'enfonce au cœur de l'ombre / roulement de bâton qui s'enfle et se retient / jusqu'au dernier murmure. La salle s'éclaire / l'acteur s'efface / brise la glace / apparaît l'homme / On l'ovationne / Les jeux sont faits. » Jacques Higelin. (1) « Il faut comprendre que le pessimisme ou l'optimisme n'ont rien à voir avec la réalité. Ils sont fonction de la représentation que l'on se fait du réel. » Boris Cyrulnik.

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